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Crise du Coronavirus - Covid-19 : Allocutions Emmanuel Macron
depuis le 12 mars 2020...

Publié le 13/04/2020
MAJ Quotidienne

14 juillet : Entretien avec Léa Salamé et de Gilles Bouleau :

INTERVIEW DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON PAR LÉA SALAMÉ ET GILLES BOULEAU LE 14 JUILLET 2020 17 JUILLET 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Léa SALAMÉ, France 2 Bonjour à tous et bonjour Monsieur le Président.

Emmanuel MACRON Bonjour.

Gilles BOULEAU, TF1 Bonjour Monsieur le Président. Bonjour Léa.

Emmanuel MACRON Bonjour à tous.

Léa SALAMÉ Bonjour Gilles. Merci de nous recevoir à l’Élysée, ici dans la salle des fêtes. Monsieur le Président, vous aviez dit en arrivant au pouvoir que vous ne feriez plus d’interview du 14 juillet, que c’était terminé. Pourquoi avoir changé d’avis ? Pourquoi vouloir parler aujourd’hui ? Pourquoi renouer ainsi avec la tradition ?

Emmanuel MACRON Renouer voudrait dire que ça serait à nouveau tous les 14 juillet, je ne sais pas vous le dire. Ce que je sais, c’est que ce 14 juillet est un peu particulier et nous l’avons vécu ce matin avec beaucoup d’émotion et de fierté. C’est un 14 juillet qui consacre la fierté d’être français, notre fête nationale, dans laquelle nous célébrons nos armées. Nous l'avons encore fait ce matin, auquel nous devons tant, leurs familles, leurs blessés. Mais ce 14 juillet, nos armées ont accepté d'offrir un peu la vedette aux soignants, à ces femmes et ces hommes qui pendant des mois, comme ils le font tout au long de l'année, mais cette fois-ci tout particulièrement, nous ont protégés, se sont battus pour nous face à ce Covid-19. Et c'est vrai que nous sortons de cette phase aiguë de l'épidémie. Nous n’en sommes pas débarrassés. On y reviendra sans doute. Le pays a été profondément bouleversé et traumatisé. Et je crois que ce 14 juillet avait un ton particulier qui justifie cet échange libre, ouvert, contradictoire, revenant sur la période qui vient de s'écouler, sur aussi les 3 ans qui viennent de s'écouler et puis nous conduisant tous à regarder la suite de la crise sanitaire, la crise économique, sociale devant nous, les défis de notre pays, et ses forces. Parce que je disais que nous étions émus ce matin face à ces soignants qui dépliaient le drapeau français avec les militaires, mais aussi face aux familles des victimes. Et donc je crois que notre pays est dans un moment un peu particulier de son histoire et nous devons aussi en mesurer la gravité.

Léa SALAMÉ Et c'est pour ça que vous aviez envie de parler aujourd’hui ?

Emmanuel MACRON Oui.

Gilles BOULEAU Monsieur le Président, nous allons bien évidemment vous poser des questions sur l'épidémie de coronavirus qui n'est pas terminée, sur la crise économique qui est terrible. D'abord, en quelques mots sur vous et sur le bilan. Depuis 3 ans, il y a eu de nombreuses manifestations : les gilets jaunes, la réforme de la SNCF, des retraites... On a vu les slogans, on a entendu des manifestants, on a entendu des Français exprimer à votre endroit de l'hostilité et parfois de la détestation. Est-ce que vous comprenez pourquoi ?

Emmanuel MACRON Oui, je peux le comprendre.

Gilles BOULEAU Ça va au-delà de l'opposition politique, c'est ça que je voulais vous dire.

Emmanuel MACRON Je peux le comprendre parce que d'abord, nous sommes dans un pays qui a ça, dans son histoire, dans ses tripes, parce que aussi j'ai sans doute laissé paraître quelque chose que je ne crois pas être profondément, mais que les gens se sont mis à détester, ce Président qui voudrait tout réformer pour que ce ne soit que les meilleurs qui puissent réussir, que notre pays, finalement, s'adapte à la mondialisation. Ça n'est pas mon projet. Mais le jeu des maladresses, parfois des phrases sorties de leur contexte d'autres fois, de l'opposition, de la vie politique a fait que cette détestation a pu être alimentée. Donc je le constate comme vous, je le regarde en face.

Léa SALAMÉ Les critiques sont injustes ? Vous les avez trouvées injustes ?

Emmanuel MACRON Ce n'est pas à moi d'en juger. Je crois que la haine n'est pas acceptable en démocratie. On peut critiquer. Moi, je suis pour le débat. Notre pays est une grande démocratie. Mais la démocratie à cela, parce qu'il y a des élections libres, parce qu'il y a une liberté d'expression. La haine dans le discours et la violence dans les manifestations ne peuvent être acceptées. Parce qu'à ce moment-là, si on les accepte, elles détruisent la liberté, en quelque sorte qu'on avait constituée. Donc, les critiques, même si, in petto, je peux considérer qu'elles sont injustes, elles font partie du jeu démocratique. Elles sont normales et j'aime d'ailleurs plutôt rentrer dans la contradiction et je l'ai fait à plusieurs reprises. La haine, le discours radical, la brutalité, je crois que ça ne fait pas partie de la vie démocratique et que ça affaiblit plutôt une démocratie. Donc, j'ai vu comme vous, en effet, durant ces 3 années, les choses parfois, se faire comme cela avec des pics.

Gilles BOULEAU Des piques au sens, pardonnez-moi, au sens figuré du terme, c'est-à-dire que ce n’est pas « Macron démission ». C'était ce qui dans le jeu démocratique. C'est arrivé à vos prédécesseurs. C'est « mort à Macron » avec votre effigie au bout d'une pique.

Emmanuel MACRON C’est ce que je disais à l'instant, cela ne me semble pas, pour le coup, être dans le champ du registre démocratique. Mais qu'est-ce qui se passe dans notre pays ? Et pourquoi je crois que la promesse, le pacte démocratique que j'ai fait avec les Françaises et les Français sur la base duquel ils m'ont élu, est toujours valable. En constatant ce qui n'a pas fonctionné, notre pays au fond a peur, il y a une crise de confiance, confiance à l'égard de lui-même. Regardez même la période récente que nous venons de franchir. Si nous nous écoutions nous-mêmes tous les jours, on faisait moins bien que les voisins, nous étions les pires. Quand on commence à regarder le bilan, non ! Il y a une épidémie, on y reviendra. On est loin d'être les pires. Mais nous avons en quelque sorte un doute permanent sur nous-mêmes en tant que pays. Et nous avons en notre sein des, ce que j'ai parfois appelé, passions tristes, c'est-à-dire des forces de division, on lisait ce matin un texte du général DE GAULLE qui en parlait lui-même, qui parfois nous conduisent à ne plus vouloir avancer parce qu'on ne pense qu’à ces divisions-là. C'était vrai quand je suis arrivé.

Léa SALAMÉ Mais justement, c'est ce que j'allais vous dire. Vous parlez des passions tristes. C'était une de vos grandes promesses de campagne. Vous disiez, je serai le Président qui va réconcilier les Français, qui va en finir avec les passions tristes, avec le ressentiment, avec l'esprit de défaite. Trois ans après, les Français sont divisés, peut-être plus que jamais. Pourquoi vous n'y êtes pas parvenu ?

Emmanuel MACRON Vous avez raison d'abord. Je n'y suis pas parvenu. Est-ce que ça veut dire que je vais arrêter de me battre, d'essayer de convaincre, de porter un tel projet ? Non. Mais j'ai sans doute fait des erreurs qui ne m'ont pas permis d'y parvenir et nous avons vécu le chaos, si je puis dire, et le grand fracas du monde. Depuis plusieurs années, ce que vit notre pays le traumatise profondément. L'histoire est revenue : l'histoire la plus tragique. Nous nous parlons aujourd'hui. Mais je n'oublie pas qu'il y a 4 ans, le même jour, à Nice, les attentats frappaient notre pays à nouveau. Et j'ai une pensée pour évidemment la ville de Nice et toutes les familles de victimes. Mais nous avons vécu le terrorisme. Nous avons vécu au fond des crises économiques à répétition et le chômage de masse qui affaibli des familles, fait douter. La crise d'un modèle méritocratique républicain qui est pour moi, presque le plus important de nos problèmes, au fond. Nous avons vécu une crise sociale sans précédent avec les gilets jaunes qui a été la colère d'une partie du peuple français, qui, pour la plupart du temps, travaillait en vivant mal et s'est dit “ce monde n'est pas fait pour nous. Les réformes qu'ils font, ce qu'ils nous demandent de faire n'est pas fait pour nous.” Et en demandant du pouvoir d'achat, mais au-delà de cela, d'être rassuré sur, au fond, un projet de société. Nous vivons une crise internationale du multilatéralisme. Un ami américain qui doute quand il ne se retire pas, des grandes puissances qui reviennent dans notre voisinage…

Léa SALAMÉ Mais votre responsabilité à vous dans…

Emmanuel MACRON Et là, nous venons de vivre une grande pandémie. Et donc, face à tout cela, tout ça n’est pas, vous en conviendrez, un grand accélérateur de confiance. Moi, j'ai mené au début de ce quinquennat avec le gouvernement d'Édouard PHILIPPE des réformes tambour battant. Parce que je considérais que c'était sur ce pacte que les Françaises et les Français m'avaient élu. Moderniser le pays, avancer sur le marché du travail, la SNCF, la réforme des retraites, mais également l'école pour permettre justement de mieux éduquer, apprendre à nos enfants, en particulier ceux venant des milieux les plus modestes. Nous avons lancé une très grande réforme de la santé, avant même la crise. Mais j'ai donné le sentiment à nos concitoyens qu'au fond, je réformais pour eux ou malgré eux, comme pour adapter le pays à quelque chose qu'ils n'aimaient pas tellement et dont on n'était pas sûr de la destination, mais qui n'était pas juste. Or, ce pourquoi je me suis engagé en politique, ce pourquoi j'ai voulu à un moment devenir Président, ce pourquoi nous avons construit ce pacte, c'est pour rendre une France plus forte et plus indépendante. Et je crois que c'est par le travail, par l'économie, mais aussi par son modèle social. Et tout cela, on a contribué à le faire, mais peut-être en ne l'expliquant pas assez, mais je le fais aussi pour que chacun retrouve la maîtrise de sa vie, de son destin et qui est un chemin de justice et ça, je ne l'ai pas assez montré. Parce que nous n'avons pas produit assez de résultats, parce qu'on n'a pas été assez vite, je ne l'ai peut-être pas assez dit. Moi c'est pour ça que je me suis engagé, pour que ce chemin qu'il y a dans la République qui fait que, quel que soit son prénom, quel que soit la famille d’où on est né, sa religion, sa couleur de peau, il y a un chemin qui permet d'arriver à l'excellence.

Gilles BOULEAU Précisément, il y a quelques semaines, vous dites aux Français “Sachons nous réinventer. Moi le premier. Moi, Emmanuel MACRON, le premier.” Comment avez-vous changé ? En quoi avez-vous changé ?

Emmanuel MACRON C’est ce que je suis en train de vous dire. D'abord reconnaître le… Non.

Gilles BOULEAU Est-ce que ça veut dire que le cap de 2017 n'était pas le bon ? Changer veut dire changer.

Emmanuel MACRON Non, ça veut dire que la méthode utilisée durant les trois premières années du quinquennat a permis de faire des réformes inédites. On a fait des réformes et je rends hommage là à Édouard PHILIPPE et ses gouvernements, qu'on pensait impossibles, elles ont été faites et elles étaient nécessaires parce qu'elles ont redonné aussi de la force au pays qui lui a permis de traverser la crise actuelle. Elles lui ont donné de la crédibilité internationale. Nous sommes repassés sous la barre des 8 % de chômage, nous avons commencé à conjurer.

Léa SALAMÉ Oui, bien sûr.

Emmanuel MACRON Je veux dire que les résultats sont là et ils sont le fruit d’un travail de toute la Nation. On était en train de gagner la bataille contre le chômage de masse, on était en train de baisser les impôts et on les a largement baissés en même temps qu’on réduisait les déficits courants et nous étions en train de moderniser le pays. Et donc tout cela est positif. Par contre, la confiance n’avait pas retrouvé le pays. Et là, vous avez raison. Et donc quand je fais le constat de ce que j’ai réussi et de ce que je n’ai pas réussi, je suis obligé de faire ce constat parce que le moment que nous vivons est plus historique et plus profond. Et donc ce que vous m’avez sans doute vu infléchir durant la période de la crise que nous venons de vivre et ce que j’ai souhaité déployer avec un nouveau Premier ministre, une nouvelle équipe, mais plus profondément dans le projet pour le pays ce n’est pas changer de cap, de destination finale qui est d’avoir une France forte, indépendante, dans une Europe autonome et au fond que chacun puisse vivre mieux. C’est de changer de chemin pour y arriver, c’est d’associer davantage, c’est de passer davantage par le dialogue social, par l’association des élus et c’est peut-être de bâtir plus fortement une confiance.

Gilles BOULEAU Et tous les Français, de quelque bord politique qu’ils soient, ont reconnu que le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, avait fait un bon job, cela avait été un bon capitaine dans cette terrible tempête sanitaire. Pourquoi l’avez-vous remercié, tout de suite, maintenant ?

Emmanuel MACRON Parce que c’est une page politique et de la vie du pays qui se tourne. Parce qu’on ne peut pas dire on emploie un nouveau chemin, une nouvelle méthode, un nouveau temps du quinquennat et le faire avec la même équipe. Vous m’auriez à ce moment-là posé à juste titre la question exactement contraire : pourquoi, comment pouvez-vous nous dire que vous allez changer de chemin et de méthode alors que vous avez les mêmes ?

Gilles BOULEAU Sauf qu’il n’a pas démérité, aux yeux mêmes des Français.

Emmanuel MACRON Bien sûr, et à mes yeux au premier chef, si je puis dire. Vous savez, en 2017, lorsque j’ai été élu, j’ai fait le choix pour diriger le Gouvernement de nommer un responsable politique qui était peu connu des Françaises et des Français et qui n’avait pas fait ma campagne, qui ne venait pas de ma formation politique et de celles qui m’avaient conduite au pouvoir. C’est inédit dans la 5ème République, il n’y a pas d’autres exemple. Et pendant 3 années à mes côtés, il a dirigé avec beaucoup de courage, de loyauté, de détermination le Gouvernement pour agir et faire ce sur quoi je m’étais engagé vis-à-vis des Françaises et des Français. Et donc changer de Premier ministre aujourd’hui ne signifie pas ne pas reconnaître tout ce travail qui a été fait parce qu’il est important pour moi. J’ai fait, et ça je crois que les Françaises et les Français peuvent me le reconnaître, j’ai fait ce que j’avais dit que je ferai. Et souvent, au premier à coup, on tourne casaque, on décide de faire un tournant, un virage ou autre. Je ne l’ai pas fait. J’ai expliqué, continué, complété mais nous avons tenu ce cap, nous avons tenu ce chemin. Et il est légitime dans la vie démocratique, politique de notre pays que, après 3 années passées, quand on dit il y a un nouveau chemin, une nouvelle méthode.

Léa SALAMÉ Justement.

Emmanuel MACRON On veut plus associer les gens, on décide d’avoir une nouvelle équipe.

Léa SALAMÉ Vous dites une nouvelle équipe, un nouveau chemin. Mais finalement quand on regarde, vous avez remplacé un haut fonctionnaire de droite, énarque, par un haut fonctionnaire de droite, énarque, à peu près du même âge. Franchement, où est la différence ? Mise à part l’accent du sud-ouest, si vous me permettez, où est la différence ? En quoi Jean CASTEX incarne-t-il mieux votre nouveau chemin que Edouard PHILIPPE ?

Emmanuel MACRON D’abord je le disais, mon projet pour la France, ce à quoi je crois vraiment c’est ce chemin, cette capacité de choisir sa vie et de se libérer de ces cases où on nous met. Donc j’ai le droit de ne pas être d’accord avec les cases dans lesquelles vous mettez et Edouard PHILIPPE et Jean CASTEX.

Léa SALAMÉ Ils ne sont pas énarques, ils ne sont pas de droite ?

Emmanuel MACRON Si, l’ENA ça reste une école de la République et on passe des concours pour l’obtenir mais ils ne sont pas non plus que cela. Ils ont des histoires différentes. Ce qui est vrai, c’est que Jean CASTEX — et c’est pour ça que je l’ai choisi — je l’ai vu faire durant le confinement. Nous l’avons choisi pour diriger cette mission, pour préparer l’après 11 mai donc j’ai vu sa méthode, je l’ai regardé pendant plusieurs semaines agir, procéder. C’est un élu de terrain, pas d’une grande ville non, une ville de taille plus réduite, Prades, depuis plusieurs années. C’est quelqu’un qui a une culture du dialogue social et qui, pendant plusieurs années, dans des fonctions d’administration, y compris sur le terrain, comme à Paris, s’est battu pour accompagner notre pays et qui connaissait très bien ce qu’est la vie des élus locaux de nos collectivités, notre proximité dont on a besoin, les partenaires sociaux, la santé et les arcanes, si je puis dire, de notre modèle social. Et donc tout ça, et son style, sa personnalité parce que derrière, il y a la patte humaine, si je puis dire, ont conduit à dire il peut être celui qui va diriger cette nouvelle équipe gouvernementale en étant justement plus à l'écoute, en associant davantage les élus de terrain pour la relance dans laquelle nous devons entrer, en bâtissant des solutions pour lutter contre le chômage, pour relancer notre économie, pour défendre notre modèle social avec les partenaires sociaux.

Gilles BOULEAU Est-ce que vous êtes d'accord pour constater que ce Gouvernement — ce n'est ni un jugement ni une tare, comme vous le disiez — est un Gouvernement de droite et que votre nouveau chemin tourne vers la droite ?

Emmanuel MACRON Je suis radicalement en désaccord. J'ai le droit. D'abord parce que je crois au dépassement politique. Les Françaises et des Français, quand il y a la crise du covid, ils nous demandent de les soigner bien et que ça fonctionne. Ils ne se posent pas la question de savoir si le soin est de gauche ou de droite. Quand la relance arrive, ils demandent qu'elle soit efficace et juste, ils ne demandent pas qu'elle soit de gauche ou de droite. Le Gouvernement qui est aujourd'hui constitué, qui sera complété dans quelques jours, sans doute par des secrétaires d'Etat et hauts commissaires, est un Gouvernement qui, quand je le regarde, qui a des femmes et des hommes qui viennent de ce qu'était la droite de notre champ politique ou tout ce qu'elle peut encore être comme de la gauche, et à peu près autant d'un côté que de l'autre. Il doit y avoir quatorze personnalités qui ont eu des mandats politiques à gauche ou qui ont eu des engagements en soutien à gauche. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Léa SALAMÉ Donc vous revendiquez toujours le “et en même temps” ?

Emmanuel MACRON Je revendique précisément le dépassement politique parce que nos concitoyens m'ont élu là-dessus. Le dépassement politique c'est de dire je prends les meilleurs, ceux qui sont capables de porter ce projet. Et donc j’ai un Premier ministre qui a cette histoire d'élu local, de haut fonctionnaire que vous avez rappelée et que j'ai essayée de compléter, et une équipe avec des gens compétents qui sont dans la politique parfois depuis des décennies, pour d'autres qui y sont depuis 3 ans, qui sont arrivés à mes côtés, pour quelques autres qui ont eu essentiellement une carrière locale. Et puis des personnalités de la société civile, comme on dit, qui ne connaissaient pas la vie politique. C'est ça la force de notre pays. C'est la promesse sur laquelle j'ai été élu, que je continue de mettre en œuvre.

Léa SALAMÉ Monsieur le Président, vous avez érigé la lutte contre les violences faites aux femmes comme grande cause nationale. Alors, bien sûr, il y a la présomption d'innocence, mais comprenez-vous que la nomination d'un homme visé par une enquête pour viol à la tête du ministère de l'Intérieur, un ministère précisément très important quand il s'agit de lutter contre la violence faite aux femmes, que cette nomination provoque émoi et colère.

Emmanuel MACRON D'abord, je respecte toujours l'émoi et la colère des causes justes. Et donc la cause féministe, je la partage. J'en ai fait un fil rouge de ce quinquennat et lutter contre les violences faites aux femmes, lutter pour l'égalité réelle, effective entre les femmes et les hommes est un combat sur lequel je ne céderai rien. Nous avons d'ailleurs fait plusieurs avancées, voté des lois importantes en reconnaissant de nouveaux délits. Nous avons commencé à déployer des moyens. Ça ne va pas assez vite, je sais les attentes des associations. Depuis le début de cette année, 1 000 places ont été libérées pour protéger. On va commencer en septembre, enfin, et je sais que c'est trop lent pour beaucoup, à déployer les bracelets électroniques qui permettent là aussi de mieux protéger, les téléphones grande détresse ont commencé d'être déployés eux aussi. Donc on va continuer d'accélérer

Léa SALAMÉ Cette nomination..

Emmanuel MACRON Je parle déjà du fond parce que mon combat de chaque jour et ce sur lequel je veux qu'on soit au rendez-vous de l'exigence des associations, c'est d'avoir encore plus de places d'hébergement, c'est de déployer plus vite ces bracelets, c'est d'avoir le 39 19 disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Donc ça, nous serons au rendez-vous des faits. Ensuite, vous avez un responsable politique qui a fait l'objet d'une accusation, grave.

Gilles BOULEAU Gérald DARMANIN.

Emmanuel MACRON Le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN.. il y a de cela plusieurs années puisque c'était au début de ce quinquennat, sur des faits qui remontent à beaucoup plus loin. Il y a comme vous l'avez dit la présomption d'innocence. Sous votre contrôle, cette affaire a déjà fait l'objet de plusieurs enquêtes, et à plusieurs reprises a été classée ou a donné lieu à une absence de suites.

Léa SALAMÉ Oui, mais là il y a les deux plus grandes juridictions.

Emmanuel MACRON Il y a une procédure qui pour des raisons de forme qui revient.

Léa SALAMÉ La Cour de cassation et la Cour d’appel.

Emmanuel MACRON Il ne m’appartient pas — je dis juste quels sont les faits.

Léa SALAMÉ Oui.

Emmanuel MACRON Il ne m'appartient pas d'en juger. Je sais des choses très simples. Aussi vrai que je crois à la force des causes justes, je pense qu’aucune cause n'est défendue justement si on le fait en bafouant les principes fondamentaux de notre démocratie. Et je le dis pour un ministre comme je le dirais pour quelque citoyen que ce soit. Je suis aussi de là où je me place le garant de cette présomption d'innocence. Et je le dis dans les rapports aussi que notre vie démocratique pourrait avoir avec notre vie judiciaire. Si, à partir du moment où quelqu'un est accusé ne peut pas avoir de responsabilité politique, notre démocratie change de nature. Elle devient une démocratie d'opinion. Moi, vous savez, pour la France, je veux le meilleur de notre pays. Je ne veux pas le pire des sociétés anglo-saxonnes.

Gilles BOULEAU Mais dans le cas de monsieur DARMANIN, vous n'avez pas hésité une seconde avant de le nommer à ce poste-là.

Emmanuel MACRON Mais j'ai eu une discussion avec lui parce que c'est un responsable politique qui est intelligent, engagé, qui a été aussi blessé par ces attaques. Donc, il y a aussi une relation de confiance d'homme à homme, si je puis dire. Le président de la République et un ministre nommé sur la réalité de ces faits et leurs suites. Je sais que lui-même d'ailleurs est sensible à cela pour pouvoir exercer dignement ses fonctions. Mais ce que je dis là est important parce que je chéris cette cause juste de la lutte contre les violences et de l'égalité effective entre les sexes. Mais je chéris ce qui peut faire de notre démocratie, une démocratie plus forte encore, celle de ne pas céder à l'émotion constante.

Gilles BOULEAU Monsieur le Président, la France sort d'une épreuve terrible. L'épidémie, le confinement. Certains évoquent déjà une deuxième vague. Est-ce que vous avez des informations venues des experts, des épidémiologistes, des EHPAD, des hôpitaux ? Est-ce que ces informations que vous avez sont préoccupantes ou pas ?

Emmanuel MACRON D'abord, toutes les informations dont je dispose, vous les avez aussi. Elles sont partagées. Et depuis le premier jour, c'est d'ailleurs ce à quoi nous nous sommes astreints, c'est une transparence quotidienne, au moins quotidienne, pour dire où nous en sommes et comment les choses évoluent. Nous sommes sortis du premier pic qui nous a conduit à ce confinement, à cette décision si c'est difficile avec évidemment ces décès que nous avons eu à vivre, plus de 30 000 de nos concitoyens sont aujourd'hui décédés de ce virus, et un combat âpre mené par nos soignants, mais avec eux aussi, les élus, les fonctionnaires de l'Etat. Ce que j'ai appelé ces premières, deuxième et troisième ligne. Tout le pays s'est mobilisé et nous avons des résultats puisque l'on a réussi à endiguer le virus et retrouvé presque une vie normale. Je le dis parce que ça, c'est la Nation tout entière qui a réussi. Et regardez certains autres pays, ce n'était pas une évidence et ce n'est pas donné. Et donc, les Françaises et les Français peuvent-être fiers d'eux.

Léa SALAMÉ C’est vrai mais…

Emmanuel MACRON Aujourd'hui nous avons des incertitudes. Toutes les difficultés de cette période que nous avons vécu, c'est qu'on doit décider par gros temps sans tout savoir. Et nous avons tous vécu ce que peuvent être aussi les controverses entre les scientifiques. Il n'y a pas une ligne ou une doctrine. Il y a ceux qui vous disent ferme : il n'y aura pas de deuxième vague. Il y a ceux qui vous disent : elle est pour bientôt et c'est sûr. Ce que je vois…

Léa SALAMÉ Là, vous ne savez pas ?

Emmanuel MACRON Ce qu'on voit, c'est qu'il y a des pays où ça repart très fort. Les Etats-Unis d'Amérique, par exemple. Il y a dans beaucoup de pays voisins des indices, une remontée et nous-mêmes, nous avons certains indicateurs que nous suivons, le R effectif qui est en train de réaugmenter, qui est passé un peu au-dessus de 1. Ce qui veut dire qu'une personne qui a le virus transmet au moins à une personne le virus.

Gilles BOULEAU Et les médecins voient revenir des malades...

Emmanuel MACRON Ça veut dire que ça se réaccélère. Et vous avez raison, les appels des débuts aux urgences. Donc nous avons des signes que ça repart quand même. Face à cela, nous devons prévenir et nous préparer. Prévenir, qu’est-ce que c’est ? Nous avons appris pendant cette période et nous avons appris comment se transmettait ce virus, mieux qu'au début. La meilleure prévention, ce sont ce qu'on appelle les gestes barrières contre le virus. Les masques, se tenir à distance et le gel hydroalcoolique. Et donc, il faut continuer d'appliquer ces gestes barrières. Là-dessus, on voit des faiblesses. Donc, j'ai demandé à ce qu'on passe une étape au Gouvernement et je souhaite que dans les prochaines semaines, on rende obligatoire le masque dans tous les lieux publics clos. On le fait dans les transports, ça marche très bien, mais c'est un peu erratique dans les lieux publics clos. Les protocoles, par exemple, le restaurant fonctionne très bien, doivent être respectés, mais…

Léa SALAMÉ Dans les magasins.

Emmanuel MACRON Dans les magasins, etc.

Gilles BOULEAU A quelle date Monsieur le Président ?

Emmanuel MACRON Ça veut dire qu'il faut que les choses s'organisent. On ne va pas le faire du jour au lendemain mais je recommande à tous nos concitoyens qui nous écoutent de porter le masque au maximum quand ils sont dehors et a fortiori quand ils sont dans un lieu clos. Et nous allons observer la situation, mais nous mettre en situation de pouvoir, par exemple à partir du 1er août, le rendre totalement obligatoire.

Gilles BOULEAU Donc, les centres commerciaux dans lesquels, à droite, un magasin est interdit aux personnes non masquées et à côté, à 10 mètres de là, est ouvert aux personnes masquées, c'est terminé le 1er août ?

Emmanuel MACRON Le charme de la France. On dit les règles uniformes…

Gilles BOULEAU C'est quand même la société publique qui est en jeu.

Emmanuel MACRON Je suis d'accord. Mais pourquoi je dis ça en plaisantant ? C’est que vous me dites : ce n'est pas cohérent. Le charme de la France, c'est qu’on est contre les règles uniformes en disant : c'est totalement absurde. Et dès qu'il n'y a pas de règles uniformes, on les demande. Donc oui, je pense qu'il faut passer une étape. Mais le plus important, c'est ma recommandation, c'est d'en mettre. Ensuite, dans les événements à l'extérieur, quand on a une bonne distance, on n'est pas forcément tenu. Là aussi, c'est plus prudent. On a vu.

Gilles BOULEAU Le Teknival.

Emmanuel MACRON On a vu des évènements récents, mettez des masques, mettez des masques.

Léa SALAMÉ Ou certains de vos ministres qui se sont fait des bises sans masques lors de la passation de pouvoir.

Emmanuel MACRON C’était les émotions de passation de pouvoirs. Le Premier ministre leur a dit, et vous avez constaté qu'après les règles ont été strictement observées. Je dis ça et je le dis aussi pour nos jeunes parce qu’on a demandé des efforts énormes à notre jeunesse dans cette période. Et j'espère qu'on y reviendra parce que pour moi, c’est …

Léa SALAMÉ On va en parler évidemment. On va en parler.

Emmanuel MACRON … l'un des fils rouges des prochains mois, des prochaines années. Mais, nos jeunes ont souvent des formes légères. Et quand on regarde la mortalité, c'est de manière écrasante les plus âgés qui décèdent. Et donc, ils pourraient penser, parce qu'ils ont des formes qu'on appelle asymptomatiques, que ce n'est pas grave, que eux peuvent prendre tous les risques. Simplement, quand ils prennent ces risques, ils accélèrent la propagation du virus et ils peuvent le transmettre à d'autres, à des ainés. Donc, voilà le masque et on protège. Ça, c'est la première... Le premier pilier de la stratégie. Le deuxième, c'est les tests. On les a largement déployés. On doit être à près de 370 000 tests par semaine au moment où je vous parle.

Gilles BOULEAU Ça devait-être 700 000.

Emmanuel MACRON Pardon ?

Gilles BOULEAU Votre ministre de la Santé, Olivier VÉRAN disait : ce serait 700 000 par semaine.

Emmanuel MACRON On a la capacité. Simplement, la demande aujourd'hui n'est pas là. Donc ce que nous allons faire, ce que j'ai demandé au Gouvernement, c'est d'ouvrir. On a largement la capacité, on a la capacité de les faire. On a la capacité des principes et des réactifs pour les déployer. Simplement, ce qu'on va encourager, c'est de permettre à toutes personnes, sans prescription médicale, même quand elle n'a pas de symptômes, si elle a un doute, une crainte de pouvoir aller se faire tester. Parce que c'est une bonne manière, ensuite, une fois qu'on est testé, d'être isolé et de réduire la diffusion. Et puis, la troisième chose, c'est se préparer au pic, s'il y en avait un vraiment.

Léa SALAMÉ Alors justement, monsieur le Président, pour être clair, il faut qu'on avance parce qu'il faut absolument qu’on vous entende sur la relance économique. Mais encore une ou deux questions sur le covid pour être très clair. Vous aviez admis dans votre allocution d'avril dernier qu'il y avait eu des failles et des insuffisances. S'il y a une deuxième vague qui arrive, est-ce que cette fois-ci, nous serons prêts ? Est-ce qu'il y aura suffisamment de masques, de gel, de tests, de respirateurs, de médicaments ? Ou est-ce qu'on risque une nouvelle pénurie ?

Emmanuel MACRON Oui, nous serons prêts. Nous serons prêts et cela a été préparé sous l'autorité du Premier ministre, avec le ministre de la Santé, mais tous les ministères compétents, les services compétents, pour qu'on ait les bons stocks en bonne quantité, parce que maintenant aussi on voit en période, si je puis dire, de crise extrême, quelle est la quantité qu'on consomme ? Ça a été beaucoup plus que ce qui était dans toutes les projections, plus de 10 fois plus. Et donc, maintenant, on sait ce qu'on consomme : de masques, de respirateurs, en effet, de curares, de médicaments. Et nous avons à la fois les stocks et les approvisionnements qui sont sécurisés. Et nous avons l'organisation au plus près du terrain qui permettrait de faire face à une recrudescence si elle était là.

Léa SALAMÉ Donc, plus d'erreurs.

Emmanuel MACRON En tout cas, tout ce que nous avons appris, tout ce que nous savons projeter, modéliser, nous a permis de nous organiser.

Gilles BOULEAU Question qui intéresse tous les Français. S’il y a reconfinement, ce qui n'est pas une hypothèse d'école, est-ce que ce sera un reconfinement global ? 60 millions de Français. Un reconfinement par canton, par ville ? On a vu plusieurs quartiers de Lisbonne. On a vu Melbourne, 5 millions d'habitants. Est-ce que ce serait comme ça ou est-ce que ce serait, par exemple, un confinement des personnes dont vous disiez qu'elles étaient les plus fragiles ? Les plus de 70 ans, on les isole, quitte à les déprimer et les déprécier. Qu’est-ce que vous allez faire ?

Emmanuel MACRON Alors d’abord, on a pris la mesure la plus radicale, la plus dure, qui était le confinement. C'est aussi la plus basique, si je puis dire, avec des tas de conséquences. Vous l'avez rappelé en creux sur les autres maladies, avec des gens qui ne sont pas allés se faire soigner. Sur le plan psychologique et psychiatrique, avec beaucoup de gens qui ont souffert. Sur le plan des injustices sociales parce qu'être confiné dans une maison où on a un jardin, ce n'est pas pareil qu'être confiné dans un appartement à plusieurs. Être confiné dans une maison où il n'y a pas Internet, ce n'est pas pareil que d'être connecté en permanence. Et donc, le confinement a été un révélateur d'inégalités. Je ne veux pas de cela à nouveau pour le pays. Et donc nous sommes en train de tout faire pour éviter une nouvelle vague et pour avoir une approche différenciée si elle apparaissait. Les masques, les tests et ensuite, si une nouvelle vague arrivait, d'isoler le plus localement possible et donc le plus vite possible. C'est pour cela qu'il faut tester.

Gilles BOULEAU Mais on peut, on peut réisoler la Mayenne. Je dis la Mayenne parce que …

Emmanuel MACRON On peut. Ce sont les autorités de santé qui savent quelle est la bonne maille. Mais rappelez-vous ce que nous avons fait au début, au début de la crise dans l'Oise, nous avons su isoler, au niveau parfois d'une ville de quelques écoles, parce qu'on savait remonter sur les personnes qui étaient contaminées, celles et ceux qui les avaient approchés. Et donc, c'est ça ce que nous referons s’il y avait à nouveau une accélération. La clé, c'est d'être en vigilance partout dans le pays. Et je le dis pour tous nos concitoyens : nous sommes les acteurs de la lutte contre le virus. Si on ne veut pas de deuxième vague, ça dépend de nous, nous protéger, nous tester, nous organiser.

Léa SALAMÉ Le 1er septembre, rentrée des classes, est-ce que vous savez aujourd'hui, 14 juillet, comment ça va se passer ? Est-ce que les 12 millions d'élèves de la maternelle à la terminale feront une rentrée des classes normale ?

Emmanuel MACRON Elle sera la plus normale possible. Il y a une circulaire sortie il y a quelques jours qui a été préparée par le ministre. Nous nous sommes mis en capacité de pouvoir accueillir tous les élèves avec la bonne organisation. Nous avons beaucoup appris. L'école, nos enseignants ont beaucoup appris aussi, et je veux saluer leur engagement et leur travail durant cette période. On a développé un enseignement en ligne. On a développé une nouvelle manière d'apprendre aux élèves. Là, on a un défi. Durant l'été à la rentrée, il va falloir aller chercher les enfants qui ont le plus souffert du confinement, ce qu'on appelle parfois les décrocheurs. Je n'aime pas tellement ce terme. On peut appeler ça les accrocheurs, parce qu'on aura besoin de leur vitalité, de leur force et on devra les aider. Le ministre prépare une rentrée où les enseignants seront à la fois bien protégés, où on aura la bonne organisation avec, si des pics revenaient, la possibilité de s'adapter. Mais je peux dire aujourd'hui aux familles que nous nous sommes mis en situation d'avoir une rentrée des classes quasi-normale, de continuer à vivre avec le virus s'il reste à ce niveau-là. Evidemment, s'il y avait une accélération pendant le mois d'août, on sera amené à revoir cette rentrée. Ça n'est pas ce que je souhaite. Si on fait bien les choses, nous aurons une rentrée des classes un peu différente, encore plus exigeante parce qu'il nous faudra rattraper les mois passés.

Gilles BOULEAU Monsieur le Président, si vous étiez testé positif au coronavirus, si vous aviez des symptômes, est-ce que vous prendriez de la chloroquine ?

Emmanuel MACRON Non.

Gilles BOULEAU Vous l'avez dit au professeur RAOULT quand vous l'avez vu il y a quelques semaines ?

Emmanuel MACRON Non parce que d'abord, je ne…

Gilles BOULEAU Vous lui avez dit que vous ne croyez pas à sa méthode ?

Emmanuel MACRON Il se trouve que sur des pathologies que j'ai parfois ou autre chose, il m'arrive de m'automédiquer, parce que si mon épouse m'entend, j'allais dire "je ne m'automédique pas", elle vous dirait que j'ai menti. Mais en l'espèce, vu notre degré de connaissances, de ce que j'ai compris quand même de la science, c'est qu'il n'y avait pas de traitement stabilisé. Donc s'il n'y a pas de traitement, je ne vais pas en prendre, donc je m'en remettrais aux médecins qui me suivent qui, je crois, suivraient l'évolution pour voir comment on accompagne les jours les plus décisifs pour éviter que ça ne dégénère. Mais non, vous savez, nous sommes le pays des Lumières. Dans le pays des Lumières, moi, je crois à la rationalité et donc à la rationalité scientifique. Le professeur RAOULT, puisque vous l'évoquez, est un grand scientifique, j'ai été le voir pour me rendre compte, et donc il était normal et légitime, de mon point de vue, qu'il participe du débat scientifique. Mais ce n'est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des critères politiques. Ce n'est pas plus à un homme scientifique, quand bien même il devient une personnalité publique, d'acter des croyances scientifiques. La science a ses processus de vérification et c'est comme ça qu'on se porte mieux, je crois.

Gilles BOULEAU Donc pas de chloroquine.

Léa SALAMÉ Pas de chloroquine, on a compris.

Emmanuel MACRON Peut-être que dans quelques mois, on verra que c'était le bon traitement, mais aujourd'hui, personne n'a prouvé que c'était le bon.

Léa SALAMÉ Aujourd'hui, pas de chloroquine et pas d'automédication.

Léa SALAMÉ Dernière question rapidement : si Sanofi, entreprise française, trouvait le vaccin demain, dans 6 mois, est-ce que vous garantissez que la France serait le premier pays servi ?

Emmanuel MACRON La France sera servie parmi les premiers pays.

Léa SALAMÉ Parmi ?

Emmanuel MACRON Oui, parce que Sanofi s'est mise, comme nous l'avons fait d'ailleurs avec tous les groupes… Je ne vais pas faire avec les groupes français ce que je ne veux pas que les autres fassent avec leur propre groupe. Aujourd'hui, plusieurs groupes pharmaceutiques recherchent des vaccins, Sanofi dont le siège est en France, grand groupe européen, mais vous avez des groupes qui sont britanniques, d'autres Allemands, d'autres Américains ou Canadiens. Ce qui est absurde, c'est de dire : "On va faire du nationalisme sanitaire. Si c'est mon entreprise qui trouve les vaccins iront d'abord chez moi." Ce qu'on a construit, la France en a pris l'initiative avec l'Organisation mondiale de la santé, c'est de dire : qui que ce soit qui trouve un vaccin, on se met en situation d'organiser sa production partout dans nos pays, pour nous tout de suite mais aussi pour les pays en voie de développement ou les pays les plus pauvres. Parce qu'imaginez une seule seconde qu'on trouve un vaccin qui fonctionne, que nous, on sait le diffuser 15 jours, trois semaines après parce qu'on produit très vite et qu'on a un pic en Afrique, en Amérique du Sud. Vous me direz : est-ce que vous savez le produire pour ces pays aussi ? C'est ce qu'on a appelé l'accès mondial aux vaccins. Et donc Sanofi rentre dans ce programme. Donc Sanofi, il y a eu beaucoup de polémiques, est rentré dans un programme américain. Mais en parallèle, nous avons engagé Sanofi dans une discussion avec la France et avec l'Europe, pour sécuriser la production des médicaments sur le sol européen pour les Européens en même temps, là aussi, mais également pour sécuriser les principes actifs parce que quand on trouve un vaccin, on oublie, nous l'avons appris dans cette période, qu'il y a des choses qui sont parfois de peu de valeurs, des principes actifs, certains ingrédients, qui ne sont pas produits chez nous. Et si on vient à manquer, on crée la dépendance. Et donc là, on a des discussions avec les Japonais, avec d'autres Européens pour sécuriser cela. Donc oui, je vous le garantis, mais ce qu'on a travaillé, c'est d'avoir véritablement un accès international aux vaccins. C'est ça la coopération sanitaire à laquelle je crois. Il ne faut pas qu'il y ait un nationalisme. On peut avoir un patriotisme industriel, j'y crois, mais le patriotisme, c'est l'amour des siens, pas la haine des autres. Il ne devrait pas y avoir de nationalisme sanitaire au mauvais sens du terme.

Gilles BOULEAU Monsieur le Président, cette crise a aussi fait plonger notre économie. L'Insee prévoit, pour la fin de cette année 2020, 900 000 chômeurs de plus. C'est vertigineux. Est-ce qu'il faut s'attendre à ça, ou à moins ou à plus ?

Emmanuel MACRON Il est impossible de dire aujourd'hui le chiffre.

Gilles BOULEAU Mais il vous paraît réaliste ?

Emmanuel MACRON Oui. Quand je regarde l'Insee, la Banque de France, tous les instituts qui font référence écrivent qu'il y aura entre 800 000 et 1 million de chômeurs de plus à l'horizon du printemps 2021. Pourquoi ? Parce que nous avons mis d'abord notre économie à l'arrêt pendant deux mois et le redémarrage est ensuite très difficile dans plusieurs secteurs. Le secteur de la culture a été durement frappé et continue de l'être, ce qui est un drame pour notre art de vivre à la française, c'est aussi pour cela que le plan de relance doit être un plan culturel, mais ce qui est un drame pour des centaines de milliers, des millions de nos concitoyens qui vivent en travaillant à l'occasion de ces festivals, l'événementiel, les hôtels, cafés, restaurants, le tourisme, une bonne partie du commerce, les travaux publics, le bâtiment. Beaucoup de secteurs ont été impactés, d'autres qui sont en crise parce qu'il y a les conséquences mondiales de cette crise qui a touché tout le monde : l'aéronautique, l'automobile, etc. Et donc nous allons avoir des plans sociaux, ils ont commencé, et nous allons avoir une augmentation du chômage massive. Alors ce qu'il faut faire, c'est nous préparer collectivement, agir pour défendre les emplois existants et en créer au plus vite dans les secteurs qui sont en expansion, et donc soutenir l'activité, soutenir les salariés et se préparer à la suite. Et ça, c'est ce qu'on a fait du premier jour. Le fameux "quoi qu'il en coûte" que j'ai prononcé au mois de mars, c'était la première réponse contre le chômage parce que…
Léa SALAMÉ Est-ce qu'il est toujours valable, le "quoi qu'il en coûte", aujourd'hui ?

Emmanuel MACRON La vérité, c'est qu'il est en train de continuer à se déployer, mais nous allons maintenant… Il était légitime, une fois encore, il était légitime parce qu'il y avait le feu à la maison et donc on n'allait pas compter les seaux. Et ce quoi qu'il en coûte, il était légitime parce qu'il évitait une casse sociale, économique, avec les drames qui l'accompagnent, que nous aurions payé hier ou demain, et donc cet effort se poursuit. Mais comment les choses se font dans le temps ? Dès le mois de mars, nous avons décidé à un niveau qu'aucun autre pays au monde n'a décidé. Je le dis parce qu'on peut être fiers de la France parfois, et en l'espèce, je crois qu'on le doit. Nous avons accompagné les salariés avec un dispositif de chômage partiel qui n'a pas d'équivalent.

Gilles BOULEAU Qui est le plus généreux en Europe,

Emmanuel MACRON Qui est le plus généreux en Europe, l'Europe est le continent le plus protecteur au monde.

Gilles BOULEAU Et le plus coûteux en Europe également.

Emmanuel MACRON C'est vrai que c'est plus coûteux, mais pourquoi ? Parce qu'on a fait en sorte qu'il n'y ait pas de licenciements à cause du Covid dans cette période-là et donc que les gens puissent rester dans l'entreprise en étant payés en chômage ou en étant payés à moins travailler. Donc c'est vrai qu'on a distribué énormément de chômage partiel, et on a eu plus de 40 % des salariés de notre pays qui ont été concernés par cette mesure avec 84 % de remplacement de salaire, parfois complété par les entreprises. On a fait le prêt garanti aux entreprises, ce qui a permis aux indépendants, aux commerçants, aux petites entreprises mais parfois aussi aux plus grandes d'avoir des aides en trésorerie. On a fait des reports de charges, on a même fait ce qui n'avait jamais été fait dans notre Histoire, des exonérations de charges, c'est-à-dire que dans certains secteurs : hôtels, cafés, restaurants, culture, sports, événementiel, on a dit : "on annule les charges". Tout ça nous a permis de tenir et d'éviter de trop détruire d'emplois. Là, on rentre dans une phase où l'activité n'est pas tout à fait normale. Qu'est-ce qu'on fait ? On va continuer d'investir pour préserver les emplois et les compétences parce qu'on a appris de la crise d'il y a 10 ans que si on licenciait trop vite dans ces périodes, on détruisait des compétences pour l'entreprise et on mettait des gens dans le désarroi économique. J'ai réuni dans cette salle ici, il y a un mois et 15 jours, à deux reprises, l'ensemble des partenaires sociaux. Nous avons eu une discussion extrêmement intense, nourrie, puis ils ont eux-mêmes travaillé entre eux, et nous avons décidé pour le pays d’un dispositif inédit, d’activité partielle de longue durée, qui permet de garder dans l’entreprise les salariés, de les payer parfois les uns en acceptant de travailler un peu moins, en allant vers des formations et d’avoir l’État qui abonde ces dispositifs. Et donc c’est un plan, si je puis dire, anti-licenciements.

Léa SALAMÉ Mais à quel coût Monsieur le Président ? Quand on voit ...

Emmanuel MACRON À un coût très important.

Léa SALAMÉ Oui, mais à quel coût aussi pour les salariés ? Monsieur le Président quand on voit dans certaines entreprises comme Derichebourg, filiale d’Airbus, on demande aux salariés de baisser de 20 % leur salaire pour pouvoir les garder. Vous, si vous étiez salarié, si votre patron venait vous dire “soit vous baissez votre salaire de 20 %, soit je ne peux pas vous garder.” Vous, vous feriez quoi ? Vous acceptez le deal ou vous vous dites c'est du chantage inacceptable ?

Emmanuel MACRON D'abord, ça ne doit pas être du chantage, ça doit être le dialogue social. Et c'est comme ça qu'on l'a conçu avec les partenaires sociaux.

Gilles BOULEAU Le choix n'était pas immense, en l'occurrence et...

Emmanuel MACRON Non, mais, c'est pour ça que ce n'est...

Gilles BOULEAU Du licenciement ou la perte de 20 %.

Emmanuel MACRON Pour notre pays, je préfère au maximum qu'il y ait, et je vais y revenir parce que ce n'est pas seulement le salaire qu'on doit baisser. Qu'il y ait des salaires qu'on accepte de baisser momentanément plutôt que des licenciements parce qu’après parfois, on met des années à revenir vers un emploi. Mais ça doit passer par le dialogue social, c'est-à-dire que ce qu'on a conçu, ce à quoi je tiens et qui contribue aussi d'une conviction que j'ai conçue et forgée à l'expérience c’est quand il y a de la peur, de la conflictualité dans notre pays, le dialogue social à l'échelle de la branche et de l'entreprise a une valeur inouïe. Il a une valeur inouïe parce qu'il permet de mettre les gens autour d'une table. Et quand on se parle pour dire les choses, pour partager ses contraintes, aucun patron ne veut que ses salariés travaillent moins, aucun, je vais dire, ils partagent le même risque. Le patron prend souvent même plus de risques. Et un patron, il veut plutôt embaucher davantage et avoir plus d'activité. Mais parfois, on ne sait pas assez se mettre autour de la table. Ça a été mon défaut aussi. Et donc là, ça n'existe dispositif qu'en mettant autour de la table que par du dialogue social dans la branche, dans l'entreprise. Et en faisant quoi ? En disant “on accepte de la modération salariale pour un temps.” Moi, je souhaite qu'elle s'accompagne et on a mis en place ces dispositifs, d'intéressement et de participation. Pourquoi ? Parce qu'il faut que le salarié qui accepte dans cette période de faire un effort, le jour où ça va mieux, il ait droit aussi à sa part du mieux. Ça doit s'accompagner d'une modération des dividendes et c'est ce qu'on a demandé aux entreprises auxquelles on abonde. C'est-à-dire que si on dit aux salariés de faire un effort, l'actionnaire doit faire un effort aussi. Et nous, nous allons faire un effort avec l'argent public. Vous savez, on va mettre sur ce dispositif 30 milliards d'euros pour compléter parfois les salaires, pour financer des formations, pour permettre là soit d'être le jour d'après, un salarié mieux formé, mieux qualifié qui gagnera mieux sa vie, soit d'aller vers des secteurs d'activité où il y a des opportunités parce qu'on sait que certains secteurs vont détruire de l'emploi. Et donc il faut qu'on utilise cette période, y compris d'activité partielle, pour former, pour permettre aux salariés d'acquérir des compétences sans être au chômage, pour aller vers des secteurs qui vont créer de l'emploi : la rénovation thermique des bâtiments, la filière hydrogène…

Léa SALAMÉ Attendez, on y vient…

Gilles BOULEAU On y vient, mais je veux qu’on parle des jeunes.

Emmanuel MACRON Vous avez raison parce que c’est notre défi.

Gilles BOULEAU Dans les semaines qui vont venir, il y a un 700 000 jeunes du CAP, BEP, jusqu'au bac +5, qui vont arriver sur le marché du travail, sans compter les autres jeunes de 18 à 23 ans qui sont aujourd'hui, pour un grand nombre, au chômage. Qu'est-ce que vous allez faire pour que les entreprises les embauchent ? Est-ce que vous allez baisser les charges ? Est-ce que vous allez faire des emplois avec zéro charge sociale ? Est-ce que vous allez donner des primes à ces entreprises ?

Emmanuel MACRON Alors vous avez raison, notre jeunesse, ça doit être la priorité de cette relance. Je dis la priorité parce que c'est à notre jeunesse qu'on a demandé le plus gros effort. Ne pas sortir. Ne pas aller faire la fête. Ne pas pouvoir passer ses examens. Parfois devoir renoncer à sa première embauche. Et elle vit dans l'angoisse qu'on connaît tous à cet âge-là, qui est un âge de transition. Qu'est-ce qu'on a déjà fait ? Un de dire “On ne doit pas perdre la bataille de l'apprentissage, de l'alternance, de tous les contrats professionnalisants.” C'est une des grandes victoires des 3 premières années. Dans notre pays, on disait toujours “Il faut faire de l'apprentissage, etc.” On n'y arrivait pas. On a simplifié les règles, simplifier les financements. C'était en train de décoller. Et donc là, on a mis sur la table un dispositif où on paye massivement la première année.

Gilles BOULEAU Vous allez aller au-delà ?

Emmanuel MACRON Là, on va au-delà de tout ce qui avait été fait jusqu'alors. Et donc, on accompagne les entreprises jusqu'à 250 salariés sans aucune condition et au-dessus des 250 salariés, on leur dit “Faites votre 5 % d'apprentis.” Et là, je le dis en responsabilité parce qu'on a tous une responsabilité dans ces moments, quand je vois des entreprises, des grandes entreprises qui préfèrent prendre des stagiaires et de la précarité plutôt que signer un contrat pro ou signer avec un alternant, c'est irresponsable.

Léa SALAMÉ Non mais vous allez les contraindre par la loi ?

Emmanuel MACRON On les incite. Alors, il faut faire très attention en cette matière parce qu'avec des bonnes intentions, on finit avec le pire, si on les contraint par la loi. On va les suivre, on va les inciter, on va là aussi par le dialogue et la construction.

Léa SALAMÉ Si on leur dit, “Ça suffit, les stagiaires”, d’abord ils vous diront “Oui, oui”…

Emmanuel MACRON D'abord on vous dit “Regardez.” Mais on suit les choses quand on les dit et j'ai demandé au ministère du Travail de se focaliser sur ce dispositif. Mais je ne vais pas vous dire “On va passer une loi pour interdire les stages” parce que les stages ont aussi leur mérite. Mais je dis là, il y a un effet de bord et donc l'apprentissage, les contrats professionnalisants, une aide inédite pour qu'on ait des embauches en cette première année. Ensuite, nous allons avoir un dispositif exceptionnel d'exonération des charges pour les jeunes, en particulier pour les faibles qualifications et les emplois jusqu'à 1,6 SMIC, exceptionnel parce qu'il durera 1 à 2 ans, on va l'évaluer. Mais il faut qu'il y ait cet élément d'accélération. Et surtout, on va créer des mécanismes nouveaux. 300 000 projets et contrats d'insertion qui permettent d'aller chercher les jeunes qui sont parfois les plus loin de l'emploi, qui n'ont pas réussi à trouver justement l'entreprise qui leur signent leur contrat d'apprentissage ou leur alternance. Et donc ceux-là, on va aller les chercher avec des contrats d'insertion. On en crée 300 000. On va créer un formidable accélérateur sur le service civique qui fonctionne, dont nous avons vu la qualité. On a 140 000 à peu près contrats en service civique aujourd'hui. Nous allons en créer 100 000 dans les 6 mois qui viennent. 100 000. Donc presque un doublement. Là aussi, parce que c'est une solution qu'on donne aux jeunes. Et enfin, on va permettre à des jeunes qui devaient rentrer sur le marché du travail de peut-être compléter leur formation, d'avoir un semestre ou une année d'études en plus. Et donc, on va ouvrir 200 000 places dans des formations qualifiantes supérieures pour permettre à un jeune qui n’a absolument aucune issue, aucune perspective d'embauche de poursuivre un peu ses études, avec un accompagnement social.

Léa SALAMÉ Monsieur le Président, il y a encore beaucoup de questions. On a connu en décembre et en janvier la grève, sans doute la plus longue qu'ait connu la France depuis 100 ans, contre votre réforme des retraites. Aujourd'hui, tous les syndicats, de la CGT au Medef, vous disent “Surtout ne nous remettez pas la réforme des retraites sur la table. Ce n'est pas le moment, ce n'est pas le moment.” Pourquoi vous obstinez-vous à faire absolument cette réforme des retraites là, tout de suite, alors que nous sommes dans une crise économique majeure ?

Emmanuel MACRON Mais je ne m’obstine pas à la faire là tout de suite, je vous rassure.

Léa SALAMÉ Alors vous ne la faites pas ?

Emmanuel MACRON Non, non. Alors vous voyez tout de suite, vous transformez, vous... Elle ne peut pas se faire comme elle était emmanchée avant la crise du Covid. Est-ce que c'est une bonne idée de l'abandonner totalement ? Je ne crois pas.

Gilles BOULEAU L’amender, oui.

Emmanuel MACRON La remettre à la discussion, à la concertation. Et pourquoi ? D'abord parce qu'il y a deux choses dans cette réforme. Il y a la réforme du système universel par points. Je pense que cette réforme est juste et elle est faite pour celles et ceux qu'on a appelé les premiers de corvée, les femmes et les hommes qui ont été en première ligne, caissières, livreurs, métiers modestes, souvent avec du temps partiel subi, cette réforme des retraites, ils en sont les grands gagnants. Parce que je vous rappelle que dans cette réforme, il y a aussi la meilleure prise en compte de leurs périodes d'activité. Il y a également une avancée sociale inédite qu'est la retraite à 1 000 euros pour tout le monde, le minimum contributif à 1 000 euros.

Gilles BOULEAU Si on a contribué toute sa vie ?

Emmanuel MACRON Minimum contributif, c'est-à-dire pas le dispositif qui est le minimum vieillesse non contributif. Et donc, ce sont des avancées sociales pour ces personnes. C'est vrai que dans la réforme du système par points, on revenait sur des avantages qui avaient été acquis dans le temps par d'autres régimes, par exemple, les régimes spéciaux. Je crois que cette réforme est juste. Il faut peut-être lui donner un peu plus de temps, mieux la concerter. On doit la remettre sur l'ouvrage. À côté de ça, il y avait l'aspect financier de la réforme. J'ai été élu à un moment donné où le comité d'orientation des retraites disait “Il n'y a pas de problème de financement.” J'ai moi-même assumé devant les Français de dire “Il n'y aura pas de mesures d'âge parce qu’il n'y a pas de problème de financement.” Six mois après mon élection, le même comité a commencé à dire “Il y a un problème de financement.” Et ce problème s'est aggravé. Est-ce qu'il est plus grave ? Il va falloir leur demander maintenant.

Gilles BOULEAU Ben là, il est gravissime. 30 milliards. On est passé de 4 milliards à 30 milliards, c’est grave.

Emmanuel MACRON Donc vous voyez bien que nous avons devant nous deux devoirs et je le dis parce que ce n'est pas dans la main du Gouvernement, la retraite, c'est le patrimoine de ceux qui n'en n'ont pas. Dire “On fait comme s'il n'y avait pas de problème”, c'est dire “Je sacrifie le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.” C'est de dire “Je prends le risque de ne pas pouvoir payer la retraite demain.” Donc, nous devons regarder notre système de retraite en face, comme l'ensemble de ce que nous sommes en train de faire.

Gilles BOULEAU Et comment vous le financez ? Et donc l’âge pivot c’est fini, l’âge pivot d’Edouard PHILIPPE c’est fini ?

Emmanuel MACRON En méthode, non, on va justement faire de la méthode.

Gilles BOULEAU Donc augmenter le nombre de trimestres travaillés ?

Emmanuel MACRON J’ai déjà montré mon ouverture sur tous ces sujets

Léa SALAMÉ Votre préférence.

Emmanuel MACRON Mon ouverture. Je dis ce n’est pas au président de la République d’asséner un 14 Juillet ce que va être la réforme des retraites.

Gilles BOULEAU Non mais il peut avoir une préférence.

Emmanuel MACRON Je suis en train de vous expliquer que la réforme universelle est une réforme juste et bonne et que nous ne ferons pas l’économie d’une réforme de notre système de retraite pour qu’il soit viable. Et donc le Premier ministre

Gilles BOULEAU Mais tout de suite

Emmanuel MACRON Non mais on va le faire avec méthode. C’est au Gouvernement d’y procéder. Le Premier ministre, Jean CASTEX, va réunir en fin de semaine, vendredi, l’ensemble des partenaires sociaux pour tout mettre sur la table, tout : ce qu’on fait pour la santé, ce qu’on fait pour la dépendance. Nous sommes en train de créer un nouveau risque, avec un financement là aussi où jusqu’à présent tout le monde avait toujours reculé, c’est-à-dire on va financer le grand âge. Il faut qu’on explique les uns les autres comment on le finance. La retraite, le travail, donc mettre tous les sujets sur la table. Et donner, entre le Gouvernement et les partenaires sociaux, un calendrier partagé. Mais je vais être clair : la priorité de cet été et de la rentrée prochaine c’est l’emploi. C’est la lutte pour que nos jeunes puissent avoir ou une formation ou un emploi et que personne ne soit sans solution, c’est la bataille pour préserver tous les emplois que nous pourrons préserver et pour créer tous les nouveaux emplois possibles. Ça c’est la priorité.

Léa SALAMÉ Donc si vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord sur la réforme des retraites avec les partenaires sociaux, vous dites “on attend” ?

Emmanuel MACRON Non. Je dis, ce que le Premier ministre va devoir faire avec les membres de son Gouvernement compétent et les partenaires sociaux c’est de définir le calendrier pertinent qui permet d’être lucide. Nous savons tous ce qu’il en est de la réalité.

Gilles BOULEAU Enfin, c’est quelque part, ce n’est ni maintenant ni les calendes grecques, c’est quelque part.

Emmanuel MACRON J’aime bien cet esprit de synthèse. C’est ça. A un moment, et dans un processus dans lequel il faudra s’engager

Gilles BOULEAU Il faudra y passer, vous étant président, c’est ça que je veux dire. Ce n’est pas pour le successeur de votre successeur ?

Léa SALAMÉ Oui c’est ça, est-ce qu’à la fin de votre quinquennat vous la faites cette réforme des retraites ?

Emmanuel MACRON Il est évident que de toutes façons dans les années qui viennent, et je ne veux pas mettre une référence politique là-dessus, mais dans les années qui viennent il faudra procéder à une réforme des retraites. Je suis favorable à une réforme d’ampleur qui rende en plus le système plus juste. Mais c’est évident et on mentirait à nos concitoyens à dire qu’on peut en faire l’économie.
Léa SALAMÉ Monsieur le Président, tout l’argent que vous avez mis sur la table, vous venez de le préciser, pour amortir le choc économique de l’épidémie il va falloir le trouver. Est-ce que vous prenez aujourd’hui officiellement l’engagement devant les Français que vous n’augmenterez aucun impôt, aucune taxe jusqu’à la fin du quinquennat ?

Emmanuel MACRON Il y a une trajectoire fiscale qui a été décidée, votée par la représentation nationale, c’est celle qui sera tenue. Elle correspond aux engagements que j’avais pris. Il y a par exemple une trajectoire fiscale pour certains impôts pour financer la dépendance, il y a aussi des baisses d’impôts sur le revenu (la taxe d’habitation). Je pense qu’on ne résoudra pas une crise comme celle-ci en augmentant les impôts. Pourquoi ? D’abord parce qu’on l’a fait à chaque fois. Si on dit on va augmenter les impôts, les gens ne consomment pas, le doute s’installe et le pays ne repart pas. Nous avons massivement dépensé : 460 milliards d’euros d’engagements publics pendant cette phase, à ce stade, à ce jour. Ces 460 milliards c’est une large part de garanties qui à un moment donné normalement devront revenir dans nos caisses, ce sont des avances en trésorerie mais c’est aussi du vrai budgétaire, du vrai argent. On aura à le compléter par un plan de relance massif sur des secteurs d’avenir et sur les compétences parce que je veux que ce soit un plan de relance industriel pour bâtir notre souveraineté industrielle et donc faire relocaliser certaines industries ; écologique, et donc je l’ai dit ce nouveau chemin ne passe que par la capacité à développer la filière hydrogène, les nouveaux moteurs, à développer massivement la rénovation thermique des bâtiments, à équiper beaucoup mieux le pays, par exemple dans ses approvisionnements en eau. Et donc ça — je finis juste — ça ce sont des investissements. Ces investissements ils sont légitimes et je peux les assumer devant la Nation en disant ils font partie de cette dette covid que nous allons mettre de côté et amortir sur le très long terme. Et ces investissements je vais les financer comment ? D’abord parce que nous sommes en train de nous battre à l’Europe pour avoir justement des financements européens, parce que nous avons obtenu durant cette crise l’une des plus grandes avancées européennes des dernières décennies : l’accord franco-allemand du 17 mai dernier. Il a été fondamental. Ensuite — le 18 mai dernier, pardon, entre la chancelière et moi-même. Ensuite, nous allons avoir une dette que nous allons amortir sur le très long terme. Et puis ce sont des investissements. Et donc on aura un retour sur ces investissements dans la nation. Je peux dire légitimement aux plus jeunes “On est en train de vous bâtir une filière hydrogène, vous pourrez vous déplacer moins cher avec des véhicules adaptés”, “on vous crée des filières industrielles qui vont faire de l’emploi chez nous”. Quand je finance de la rénovation thermique des bâtiments, on baisse la facture et donc on a un retour sur investissement.

Léa SALAMÉ On va y venir

Emmanuel MACRON A côté de cela, vous avez des dépenses de fonctionnement.

Léa SALAMÉ J’entends bien, non alors, mais juste peut-être une question.

Gilles BOULEAU Elle est assez obstinée sur les impôts Léa.

Emmanuel MACRON Sur les impôts j’ai été très clair.

Léa SALAMÉ Sur les impôts vous dite pas d’impôt, on est d’accord.

Emmanuel MACRON Pas d’impôt.

Léa SALAMÉ Même pour les plus riches, pas de tranche supplémentaire, pas de retour de l’ISF ? La taxe d’habitation à la fin de la 2023 ils ne payeront pas comme les autres, les très riches, la taxe d’habitation ? Eux ne font pas plus d’effort que les autres ?

Emmanuel MACRON Alors je vais répondre point à point, vous avez des questions précises.

Gilles BOULEAU L’ISF.

Emmanuel MACRON L’ISF, nous n’avons pas supprimé l’ISF, nous avons transformé l’ISF en impôt sur la fortune immobilière conformément à mon engagement. C’est-à-dire que nous avons supprimé l’impôt sur le capital qui est réinvesti dans les entreprises et l’action. Je ne vais pas...

Gilles BOULEAU Ce faisant, vous vous privez de 3 milliards de recettes fiscales chaque année.

Emmanuel MACRON Regardez les chiffres, vous pouvez vérifier, ils sont beaucoup moins importants. Pourquoi ? Parce qu’on fait revenir des gens qui du coup vont réinvestir. Et c’est cohérent, nous avons d’ailleurs les résultats de cette politique puisque nous avons obtenu le rang de numéro 1 en termes d’attractivité en Europe. Ce qui n’était jamais arrivé à la France ces dernières décennies.

Léa SALAMÉ Donc on ne revient pas sur l’ISF.

Emmanuel MACRON Donc on ne va pas revenir sur la partie où on taxe l’entrepreneur qui réinvestit dans l’économie, elle est absurde. Et au moment où on relance, on a besoin d’investisseurs, de gens qui travaillent. Ensuite, la contribution spéciale etc., nous sommes l’un des pays où la fiscalité sur le revenu est la plus importante. On a baissé. La baisse d’ailleurs s’est plutôt faite sur les premières tranches de l’impôt sur le revenu. Est-ce que je vais dire les yeux dans les yeux en sortie de crise, la priorité c’est de remonter l’impôt sur les revenus de ceux qui gagnent le plus ? Non. Ça ne réglera rien, ça découragera plutôt un enrichissement par le travail. Or moi j’ai besoin de femmes et d’hommes qui s’engagent, ont envie de tirer leurs familles, leurs proches etc. Que notre pays assume la justice sociale et l’esprit de conquête. Il y a une option qui est possible, c’est à la main du Gouvernement, qui serait de décaler un peu pour les plus fortunés d’entre nous, la suppression de la taxe d’habitation, ce qui est peut-être en période de crise quelque chose de légitime. Et j’entends ce que vous dites, moi je partage cela aussi. L’esprit de justice, sans envoyer un signal désastreux, pourrait être de dire “Ceux qui payent aujourd’hui la taxe d’habitation pour lesquels on n’avait pas encore baisser, on peut peut-être attendre un peu plus d’années pour le faire parce qu’on est à un moment exceptionnel, parce que c’est assez légitime et que c’est au fond du bon sens.” Voilà.

Gilles BOULEAU Il y a 3 semaines, les Français ont élu dans de nombreuses villes, dans de grandes villes (Strasbourg, Bordeaux, ailleurs) des maires écologistes. Vous avez vous-même invité, convoqué une Convention dite citoyenne et vous vous êtes engagé à soumettre un certain nombre de questions à référendum. Combien de référendums, quand et sur quelles questions précises et concrètes ?

Emmanuel MACRON Alors la seule question sur laquelle il peut y avoir un référendum, compte tenu des demandes qui ont été faites par les citoyens de la Convention citoyenne, est une réforme constitutionnelle, celle de l’article 1er qui place l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et aussi le respect de la biodiversité dans notre texte constitutionnel. J’y suis favorable. Je pense que c’est une avancée majeure et je pense que c’est une avancée qui permettra de créer du droit et donc des contraintes et d’aider à transformer notre pays. La Constitution ne me permet pas aujourd’hui de décider d’un référendum demain matin sur cette base. Il faut d’abord qu’il y ait un vote par l’Assemblée puis le Sénat dans des terme conformes, et selon les termes de notre Constitution à ce moment-là il peut y avoir ou un Congrès ou un référendum.

Léa SALAMÉ Ce sera quand ?

Emmanuel MACRON Et donc — ça dépend du cheminement mais le plus vite possible.

Léa SALAMÉ Le plus vite possible, à la fin de cette année où ?

Emmanuel MACRON Je souhaite en tout cas l’engager dans les meilleurs délais. Ensuite, il y a énormément de propositions, 146, qui ont été faites par nos concitoyens. Et je veux ici souligner l’innovation dont la France a été capable. Aucun pays au monde n’a procédé à une telle convention sur des sujets aussi compliqués. Et moi j’en ai acquis la conviction après la crise des gilets jaunes, à un moment d’ailleurs où beaucoup de nos concitoyens avec sincérité, force ont dit “Nous on ne veut pas choisir entre la fin du mois et la fin du monde. On croit dans la cause écologique mais simplement vous ne nous donnez pas de solution.” Et c’est vrai que cela a souvent été le malentendu dans notre pays. On a en quelque sorte stigmatisé une partie de nos concitoyens, on a culpabilisé une partie de nos concitoyens, par exemple quand ils étaient agriculteurs, quand ils utilisaient des véhicules diesel, quand ils avaient tel ou tel mode de vie en disant ça ce n’est pas bon pour le climat. Nous sommes un grand peuple de 66 millions d’habitants, on doit trouver un chemin commun pour bâtir un nouveau modèle écologique et productif.

Léa SALAMÉ Monsieur le Président, en quelques mots, parce que reprendre 146 mesures, tout cela est très flou et abstrait, si vous me permettez. Concrètement, dans la vie des Français, dans 6 mois, qu'est-ce qui changera pour eux ? Qu'est-ce qui sera plus écologique dans leur vie, dans leurs maisons, dans leurs bâtiments, dans leurs écoles ? Comment on verra les choses et à quelle échéance, si vous êtes concret ?

Emmanuel MACRON On va déployer massivement, on a commencé à la mettre en œuvre au début de cette année, une prime pour rénover son logement. Beaucoup plus fort. Elle est en train de décoller, si je puis m'exprimer ainsi. On va y mettre beaucoup plus d'argent pour que les ménages les plus modestes, en particulier, et les autres puissent procéder aux rénovations pour dépenser moins d'énergie dans la maison et en même temps préserver notre climat. C'est écologique et social. Nous avons commencé à mettre en place des mécanismes d'accompagnement, cette prime à la conversion. 800 000 Françaises et Français ont changé de véhicule. Ils ont changé d'un vieux véhicule polluant pour prendre un véhicule de dernier modèle, ou hybride ou électrique ou essence ou diesel, mais beaucoup moins polluant. Je veux qu'on ait un très large programme, beaucoup plus simple encore, qui est en quelque sorte : je roule écologique et modeste. Troisième sujet : nous allons, nous, rénover massivement les bâtiments. Et donc je veux qu'on se lance dans un grand programme de rénovation de nos écoles et de nos EHPAD, pour commencer, en lien avec les collectivités publiques qui sont derrière ces bâtiments. Mais nous pouvons faire des économies d'énergie massives, avoir nos enfants et nos aînés qui vivent beaucoup mieux, produire de l'emploi pour faire ces rénovations et faire cette transition. Autre exemple très concret : aller beaucoup plus vite et fort sur la réduction du trafic dans les zones à fortes émissions. Quand on respire mal, qu'on a ses enfants qui respirent mal, des enfants qui ne peuvent pas aller à la récréation comme les autres enfants parce qu'il y a trop d'émissions, nous allons accélérer les mécanismes de transition. Ce qui est important, c'est qu’on doit rentrer, et ce plan de relance en est l'opportunité, dans la construction d'un modèle qui est à la fois écologique, industriel et environnemental. On ne va pas recréer l'industrie d’hier, mais on peut, en France, redevenir une grande nation industrielle grâce et par l'écologie. Pourquoi ? Parce qu'on ne va pas importer des matériaux de l'autre bout du monde, dont le bilan carbone est absolument abominable. On va reproduire dans nos régions parce que le numérique va nous permettre aussi de produire des plus petites quantités plus vite grâce à l'impression 3D, parce qu'on va aider nos entreprises petites, moyennes et grandes à investir pour passer à ce modèle écologique. Moi, je crois à cette écologie du mieux, pas à cette écologie du moins.

Gilles BOULEAU Est-ce que vous croyez aussi aux mesures concrètes ? Vous avez dit, et plusieurs membres de votre Gouvernement ont dit : « à la fin de ce quinquennat plus aucun trajet pour les Français en France métropolitaine qui puisse être fait en deux heures et demi en train ne sera fait en avion. Je crois que le 1er octobre prochain, vous irez faire une réunion publique, un meeting, que sais-je, en train, comme l'a fait votre prédécesseur François HOLLANDE qui, pendant quelques mois, l’a fait, et qui s’est aperçu que c’était très compliqué pour un chef de l'Etat de se déplacer en train.

Emmanuel MACRON Un chef de l'Etat peut avoir des contraintes en termes de sécurité. C'est tout à fait vrai. C'est ce qui avait conduit François HOLLANDE à changer parce que quand vous le faites en train mais qu'il vous faut trois wagons pour sécuriser, avoir une solution de repli… Donc il y a d'autres contraintes que nous devons...

Gilles BOULEAU Donc vous ne le ferez sans doute pas vous-même.

Emmanuel MACRON Non mais je ne ferai pas de gadget, et donc je le ferai à chaque fois que c'est possible, dans des conditions qui sont réalistes. Ça, vous avez ma garantie. Mais plus important, je souhaite que, et nous avons fait cette demande, plutôt nous avons mis cette condition pour la compagnie Air France, partout où nous avons déployé du TGV dans notre pays et où telle ou telle ville est à deux heures de Paris, deux heures et quart, est-ce que les lignes intérieures qui sont d’une heure, 1h10 se justifient encore ? Non. Et donc là, on doit rationaliser notre modèle, et donc ça, c'est très concret, vous avez raison. Par contre, quand vous avez le train qui met 3, 4, 5, 6 heures, est-ce que le vol domestique, la ligne d'avion se justifie ? Oui parce qu’on a besoin d'aller à Brive. On a besoin de continuer à développer à Toulouse, à Pau, de l'industrie. On a besoin de continuer à aller dans des villes qui sont des chefs-lieux de département, elles-mêmes des métropoles, où l'industrie a commencé à se développer. On ne va pas, du jour au lendemain, dire : "on ne fait plus d’avion". Donc il faut le faire là aussi avec du bon sens. Mais ce sont des choses très concrètes, la transition écologique. On va redévelopper le fret ferroviaire massivement. On va redévelopper les trains de nuit, là aussi, on va redévelopper les petites lignes de trains parce que tout ça, ça permet de faire des économies et ça permet de réduire nos émissions.

Gilles BOULEAU En vous écoutant avec Léa, quelque chose nous est venu à l'esprit. Vous annoncez tellement de choses à venir, tellement de réformes. On se dit qu'il vous reste 600 jours, 2 ans, c'est très court. Ça ne vous invite pas à aller au-delà ? Vous ne pensez pas qu’il vous faudrait 5 ans de plus ?

Emmanuel MACRON Je pense que le moment dans lequel nous sommes peut-être une opportunité si chacune et chacun d'entre nous en prend la mesure et se dit : "je bâtis la France de dans 10 ans". Et donc moi, j'ai un objectif à 6 mois : tout faire pour éviter le maximum de plans sociaux, réduire leur importance avec les mesures d'urgence qu'on a pu prendre, faire que la rentrée pour nos plus jeunes se passe dans de bonnes conditions, protéger. C'est un objectif à 6 mois. J'ai un objectif à 18-24 mois, évidemment, qui est d'essayer d’avoir un plan de relance qui a au maximum déployé les choses et commencé cette transformation.

Léa SALAMÉ Oui et après ?

Emmanuel MACRON Mais l'objectif, nous devons l'avoir pour le pays à 10 ans parce que ce que nous sommes, ce que cette crise peut nous apporter, c'est au fond la possibilité de rendre la France plus forte en répondant à des problèmes qu'elle n'avait pas su traiter par temps calmes. Nos divisions, nous ne savons pas les traiter par temps calmes. Tout à l'heure étaient évoqués des textes du général DE GAULLE. La France de 1940, il y a 80 ans, elle s'effondrait. Elle s'effondrait parce qu'elle avait vécu, elle sortait d'une décennie où elle n'avait pas su régler beaucoup de ses problèmes. Elle s'était divisée. Elle avait été de politique en politique. Elle n'avait pas su regarder le temps long. Elle a résisté. Elle s'est relevée avec l'aide de ses alliés, de l'Europe. Et ensuite, en quelques années, nous sommes redevenus une grande puissance internationale. Nous nous sommes dotés de l'arme nucléaire. Nous nous sommes dotés de l'énergie nucléaire. Nous avons rebâti notre pays en quelques années. Nous en tirons encore aujourd'hui des bénéfices. Ce que nous n'avons pas su faire durant ces 30 dernières années, et j'en prends ma part, parce qu'on était dans les divisions, parce qu'on était peut-être dans des politiques qui souvent étaient trop lentes, dont on ne percevait pas les résultats, parce que nous vivons une crise inédite, parce qu'on mobilise des financements inédits, parce qu'on a une Europe qui est en train de changer, parce que nous, on met avec ce plan de relance, en plus de cet argent déjà mis, au moins 100 milliards d'euros pour faire la relance industrielle, écologique, locale, culturelle et éducative, je suis convaincu qu'on peut bâtir un pays différent d'ici à 10 ans. Et quand je dis ça, quel est mon objectif ? De revenir à ce qu'on disait au début de notre entretien. La seule possibilité de répondre aux peurs de nos concitoyens, c'est de leur donner un monde à voir. C'est de dire : quand vous êtes agriculteurs, non, vous n'êtes pas foutus. Non, vous n'êtes pas l'ennemi du bien-être animal et de l'agriculture, de l'alimentation saine. Ce n'est pas vrai. D’abord, notre alimentation est saine et la France est dans l'excellence du modèle agricole. Mais oui, en vous aidant, en investissant, on va bâtir une souveraineté agricole qui n'existe pas. Aujourd'hui, j’importe la plupart de mes protéines. Je peux les produire en France, en Europe.

Léa SALAMÉ Monsieur le Président, dans les 10 prochaines années, ça veut dire avec vous dans les 10 prochaines années ?

Emmanuel MACRON Il y a des choses sur lesquelles le peuple français est souverain et c'est bien ainsi. Mais on a le droit de voir loin et grand, y compris quand il ne reste que 600 jours. Ce que j'ai demandé au Gouvernement, c’est ce que je m'applique à moi-même.
Gilles BOULEAU Vous êtes candidat à un deuxième mandat ? Vous avez songé à être candidat ?

Emmanuel MACRON Mais cette question est intempestive.

Léa SALAMÉ Elle se pose, quand même.

Gilles BOULEAU Elle n'est pas prématurée. Nous sommes de l'autre côté du versant du quinquennat.

Emmanuel MACRON Vous avez raison de me rappeler que j'ai passé l’hémistiche et que je suis sur une pente descendante du quinquennat.

Gilles BOULEAU Pas descendante, de l'autre côté.

Emmanuel MACRON Mon devoir, là où je suis, c’est de ne pas faire de calculs. C’est de se dire : notre pays, parce qu'il y a cette crise, peut sortir plus fort.

Léa SALAMÉ Mais votre décision, vous la prendrez quand ? Est-ce que vous vous êtes donné…

Emmanuel MACRON Quand je vous le dirai.

Léa SALAMÉ Oui, d'accord, mais est-ce que vous avez un calendrier ?

Emmanuel MACRON Non. Pourquoi voudriez-vous que je décide aujourd'hui de m'enfermer dans un autre calendrier que le calendrier démocratique ?

Léa SALAMÉ Vous parlez de vous projeter sur dix ans, Monsieur le Président. Est-ce que vous n'avez pas l'impression que la Cinquième République est à bout de souffle, qu’il faut… Vous aviez pensé la changer. Vous aviez pensé faire une réforme constitutionnelle. Vous ne l'avez pas fait. Est-ce que ce ne serait pas le moment ?

Emmanuel MACRON On a été empêché quand même.

Léa SALAMÉ Peut-être pour un deuxième mandat, de faire une réforme constitutionnelle, de peut-être revenir au septennat, peut-être faire la proportionnelle, tout ce que vous aviez promis et que vous n'avez pas fait ?

Emmanuel MACRON Je ne m'étais jamais engagé sur le septennat. La proportionnelle est en effet un de mes engagements et après, j'avais souhaité, je souhaite toujours réduire en particulier le nombre de parlementaires. Il y a un chemin que la Constitution impose et pour lequel les données politiques, les contraintes politiques ne me permettent pas de le faire. Je pense que nous vivons une crise démocratique profonde. On ne peut pas avoir le niveau d'abstention que nous avons vécu à des élections municipales sans nous dire que quelque chose ne va pas. Et pour moi, ça procède de plus loin, c'est que s'est installer l'idée que les gouvernants ne pourraient rien changer et à côté de ça, de colère absolue. A quoi bon, se disent les uns, et plutôt tout abattre se disent les autres, au risque d’ailleurs de faire bousculer ce que nous avons conquis de haute lutte par notre histoire. Je crois que notre pays a la ressource. Mais c’est à nous de faire aussi notre part, d’avoir un État bienveillant, qui accompagne, qui facilite, qui va plus vite, mais de retrouver ce chemin dont je parlais tout à l’heure. Dans notre République, quand on essaie dans une famille, on se disait : j’irai dans l’usine, l’entreprise ou la Mairie où travaille mes parents. Quand on réussissait bien à l’école, parce qu'un instituteur vous avait repéré, on savait quel était le chemin, parce qu'on réussissait bien à l'école, qui permettrait de gravir les échelons dans la société. Moi, je suis l'enfant de cette République. Moi, il n’y a rien dans mon histoire familiale qui justifiait que je me retrouve avec vous aujourd'hui. Je le mesure des jours comme le 14 juillet. Moi, je l'ai fait parce que sans doute, des femmes et des hommes ont eu la chance de croiser des instituteurs de la République qui ont dit à leurs familles un peu incrédules : Il peut continuer, il va continuer. Ils ont fait un chemin et ce chemin, ils l'ont fait faire à leurs enfants. Et ce chemin, il n'est plus perceptible par nos concitoyens.

Gilles BOULEAU C'est parce qu'ils sont réfractaires ?

Emmanuel MACRON Non.

Gilles BOULEAU Ou Gaulois ?

Emmanuel MACRON Non, je suis Gaulois, moi aussi réfractaire, mais je l'ai dit en m’incluant. Non. Ça l’est parce que nous avons progressivement construit des corporatismes. On a oublié cette promesse.

Léa SALAMÉ Et ça aussi…

Emmanuel MACRON Parce que qu'aujourd'hui, oui, c’est ça…

Léa SALAMÉ Mais vous aviez dit : « Mon ennemi, c'est l'assignation à résidence ». Vous vouliez casser ça.

Emmanuel MACRON Mais je veux encore.

Léa SALAMÉ Vous êtes parvenu ?

Emmanuel MACRON … et je continue. Je pense qu'on a fait des choses très fortes. L'obligation scolaire à 3 ans est une décision très forte. On n'avait pas changé l'obligation.

Léa SALAMÉ Mais aujourd'hui, vous trouvez que c'est l'égalité des chances, quelle que soit votre couleur.

Emmanuel MACRON Je vais y venir. Ce qu'on a fait pour l'école avec les dédoublements des classes, pour l'orientation, pour le supérieur, c'est un début. On doit aller beaucoup plus loin, beaucoup plus fort. Aujourd'hui, vous avez raison, il y a encore de la discrimination dans notre pays. Il y en a pour les diplômes, il y en a pour l'accès à la haute fonction publique. Trop. Il y en a…

Gilles BOULEAU Pour la couleur de peau.

Emmanuel MACRON Et il y en a pour la représentation. Il y en a pour les contrôles.

Gilles BOULEAU Si semblez être noirs ou Arabes, dit le défenseur des droits, vous avez 20 fois plus de chances d'être contrôlé au faciès. C'est un fait.

Emmanuel MACRON Vous avez beaucoup moins de chance.

Gilles BOULEAU Il ne vous est pas imputable, mais c'est un fait.

Emmanuel MACRON Non, mais ce chemin, quand on parle de la défiance démocratique qu'il y a dans notre pays, c'est ça. Et quel que soit votre couleur de peau, c'est ça. Et je veux avec beaucoup plus de force m'attaquer à cela. Donc oui, on va le continuer sur l'école, donc parler du contrôle au faciès. C’est dédié au Premier ministre et au ministre de l'Intérieur. Ça fait trop longtemps qu'on parle de cela. Nous allons tout reprendre et généraliser avant la fin du quinquennat, toutes les caméras piétons qui permettent sur ces sujets comme sur celui ensuite des modes opératoires, de rétablir la confiance entre la population et la police.

Léa SALAMÉ Donc, il y aura des caméras partout ?

Emmanuel MACRON Des caméras qui sont justement portées dans chaque brigade qui intervient et qui permettent de retracer la vérité des faits et qui permettent de protéger et de rétablir cette confiance. Le Gouvernement y reviendra, mais c'est pour moi un élément essentiel de ce patriotisme républicain auquel je crois. Et donc, oui, notre 5ème République traverse des doutes, des crises. Est-ce que je cède à la fatalité ? Non. Je pense que nous avons devant nous, des mois qui seront durs. Moi, je ferai tout pour protéger les Françaises et les Français, mais nous avons des défis qu’il nous appartient de relever. Et ça dépend de chacune et chacun d'entre nous, ça ne dépend pas que du Gouvernement, ça dépend de toutes les Françaises et de tous les Français. J'essaierai de conduire ce chemin, celui qui consiste à ce que chaque Français, chaque Française puisse trouver, choisir sa vie dignement dans la République et que nous rebâtissons à nouveau une Nation de citoyens forte, c’est mon seul objectif.
Gilles BOULEAU Merci. Merci, monsieur le Président, d'avoir répondu à nos questions. Merci beaucoup Léa.

Léa SALAMÉ Merci Gilles. Merci monsieur le Président.

Emmanuel MACRON Merci à vous et bon 14 juillet à vous et à tous nos compatriotes.

Gilles BOULEAU Très bon 14 juillet à tous. Merci beaucoup.


Crise du Coronavirus - Covid-19

ADRESSE AUX FRANÇAIS, 14 Juin 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Allocution - déconfinement - du président E.Macron

14 JUIN 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI - Adressé aux Français :

Françaises, Français,

Mes chers compatriotes,

Je veux ce soir vous parler des jours qui viennent, de notre organisation face à l’épidémie, tirer les premières leçons de cette crise, et dessiner en quelques lignes notre nouveau chemin.

A partir de demain, nous allons pouvoir tourner la page du premier acte, en quelques sortes, de la crise que nous venons de traverser,

Dès demain, tout le territoire - à l’exception de Mayotte et de la Guyane où le virus circule encore activement - tout le territoire donc passera dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « zone verte », ce qui permettra notamment une reprise plus forte du travail, et la réouverture des cafés et restaurants en Île-de-France.

Dès demain, il sera à nouveau possible de se déplacer entre les pays européens. Et à partir du 1er juillet, nous pourrons nous rendre dans les Etats hors d’Europe où l’épidémie sera maîtrisée.

Dès demain, en hexagone comme en Outre-mer, les crèches, les écoles, les collèges se prépareront à accueillir à partir du 22 juin tous les élèves, de manière obligatoire et selon les règles de présence normale.

Il faudra continuer d’éviter au maximum les rassemblements car nous savons qu’ils sont les principales occasions de propagation du virus : ils resteront donc très encadrés.

Le second tour des élections municipales pourra se dérouler, dans les communes concernées, le 28 juin.

Enfin, pour nos aînés en maisons de retraite ou en établissements, les visites devront désormais être autorisées.

Nous allons donc pouvoir retrouver le plaisir d’être ensemble, de reprendre pleinement le travail mais aussi de nous divertir, de nous cultiver.

Nous allons retrouver pour partie notre art de vivre, notre goût de la liberté. En somme, nous allons retrouver pleinement la France.

Cela ne signifie pas que le virus a disparu et que nous pouvons baisser totalement la garde. Il nous faudra pour longtemps encore vivre avec lui, respecter les règles de distance physique, l’été 2020 ne sera pas un été comme les autres, et il nous faudra veiller à l’évolution de l’épidémie pour nous préparer au cas où elle reviendrait avec plus de force.

La lutte contre l’épidémie n’est donc pas terminée mais je suis heureux, avec vous, de cette première victoire contre le virus. Et je veux ce soir penser avec émotion à nos morts, à leurs familles, dont le deuil a été rendu plus cruel encore en raison des contraintes de cette période.

Clore aujourd’hui le moment entamé avec le début du confinement n’avait rien d’une évidence.

Si nous pouvons rouvrir le pays, c’est parce qu’à chaque étape de l’épidémie chacun a pris sa part. Le Premier ministre et le Gouvernement ont travaillé d’arrache-pied, le Parlement s’est réuni, l’Etat a tenu, les élus de terrain se sont engagés.

Le 16 mars, nous avons fait le choix humaniste de placer la santé au-dessus de l’économie en vous demandant de rester chez vous. Vous avez alors fait preuve d’un sens des responsabilités admirable. Et grâce à l’engagement exceptionnel de nos soignants et de toutes les équipes, l’ensemble des malades qui en avaient besoin ont pu être pris en charge à l’hôpital ou dans la médecine de ville.

Grâce à tous ceux qui parmi vous ont continué à travailler, malgré l’angoisse bien souvent, pour assurer les services essentiels à la Nation, nous avons pu nous nourrir et continuer de vivre.

Lorsque le 13 avril dernier, je vous ai annoncé une sortie du confinement à partir du 11 mai - je sais que beaucoup alors le déconseillaient, il n’y avait pas de consensus, les avis étaient très différents y compris parmi les scientifiques – mais nous avons collectivement et méthodiquement préparé ce qu’on a appelé le déconfinement. Là encore, tout le monde a travaillé d’arrache-pied, nous avons surmonté les craintes, les angoisses. Et vous êtres ressortis à nouveau et avez repris le travail. Nous avons bien fait. Nos usines, nos commerces, nos entreprises ont pu redémarrer.

La nouvelle étape qui s’ouvre à partir de demain va permettre d’accélérer la reprise. Il le faut et là aussi je compte sur vous. Car nous devons faire pleinement repartir notre économie en continuant de protéger les plus fragiles.

Nous n’avons pas à rougir mes chers compatriotes de notre bilan. Des dizaines de milliers de vies ont été sauvées par nos choix, par nos actions. Nous avons su doubler en quelques jours nos capacités de réanimation, organiser des transferts de centaines de patients entre régions et avec les pays voisins, approvisionner les commerces, réorienter notre production industrielle, inventer des solidarités nouvelles.

La période a montré que nous avions du ressort, de la ressource. Que, face à un virus qui nous a frappés plus tôt et plus fort que beaucoup d’autres, nous étions capables d’être inventifs, réactifs, solides.

Nous pouvons être fiers de ce qui a été fait et de notre pays.

Bien sûr cette épreuve a aussi révélé des failles, des fragilités : notre dépendance à d’autres continents pour nous procurer certains produits, nos lourdeurs d’organisation, nos inégalités sociales et territoriales.

Je veux que nous tirions toutes les leçons de ce que nous avons vécu et avec vous comprendre ce que nous avons mieux réussi ou moins bien réussi que nos voisins. Nos forces, nous les conforterons, nos faiblesses, nous les corrigerons vite et fort.

Le moment que nous traversons et qui vient après de nombreuses crises depuis quinze ans, nous impose d’ouvrir une nouvelle étape afin de retrouver pleinement la maîtrise de nos vies, de notre destin, en France et en Europe.

Ce sera la priorité des deux années à venir que je veux utiles pour la Nation.

C’est aussi le cap de la décennie que nous avons devant nous. Retrouver notre indépendance pour vivre heureux et vivre mieux.

***

Avec l’épidémie, l’économie mondiale s’est quasi-arrêtée.

Notre première priorité est donc d’abord de reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire.

Depuis le premier jour de la crise, notre mobilisation est totale. « Quoiqu’il en coûte » : tel était l’engagement que j’avais pris devant vous dès le mois de mars. Chômage partiel, prêts aux entreprises, accompagnement des commerçants, des indépendants, soutien des plus précaires : tout a été mis en œuvre par le Gouvernement pour sauvegarder nos emplois et pour aider chacun. Nous avons décidé des plans massifs pour les secteurs les plus durement touchés : l’industrie automobile, l’aéronautique, le tourisme, la culture, la restauration, l’hôtellerie, et nous poursuivrons. Au total, nous avons mobilisé près de 500 milliards d’euros pour notre économie, pour les travailleurs, pour les entrepreneurs, mais aussi pour les plus précaires. C’est inédit. Et je veux ce soir que vous le mesuriez aussi pleinement. Dans combien de pays tout cela a-t-il était fait ? C’est une chance et cela montre la force de notre Etat et de notre modèle social.

Ces dépenses se justifiaient et se justifient en raison des circonstances exceptionnelles. Mais elles viennent s’ajouter à notre dette déjà existante. Nous ne les financerons pas en augmentant les impôts : notre pays est déjà l’un de ceux où la fiscalité est la plus lourde, même si depuis trois ans nous avons commencé à la baisser. La seule réponse est de bâtir un modèle économique durable, plus fort, de travailler et de produire davantage pour ne pas dépendre des autres. Et cela, nous devons le faire, alors même que notre pays va connaître des faillites et des plans sociaux multiples en raison de l’arrêt de l’économie mondiale.

C’est pourquoi, j’assumerai avec vous, avec toutes les forces de notre pays, avec le tissu de nos entreprises, avec nos salariés comme nos indépendants, nos corps intermédiaires, je m’engagerai dans cette reconstruction économique.

Il nous faut d’abord tout faire pour éviter au maximum les licenciements. C’est pour cela qu’avec les syndicats et le patronat, nous avons lancé une négociation pour que, dans toutes les entreprises, nous arrivions à préserver le plus d’emplois possible malgré les baisses d’activité.

Il nous faut créer de nouveaux emplois en investissant dans notre indépendance technologique, numérique, industrielle et agricole. Par la recherche, la consolidation des filières, l’attractivité et les relocalisations lorsque cela se justifie. Un vrai pacte productif.

Il nous faut créer les emplois de demain par la reconstruction écologique qui réconcilie production et climat : avec un plan de modernisation du pays autour de la rénovation thermique de nos bâtiments, des transports moins polluants, du soutien aux industries vertes. Cela passera aussi par l’accélération de notre stratégie maritime, nous qui sommes la deuxième puissance océanique mondiale. La convention citoyenne rendra dans quelques jours son travail, qui contribuera à ce projet.

Cette reconstruction doit aussi être sociale et solidaire. Une relance par la santé comme nous avons commencé à le faire avec la négociation du Ségur qui, non seulement revalorisera les personnels soignants mais permettra de transformer l’hôpital comme la médecine de ville par des investissements nouveaux et une organisation plus efficace et préventive.

Une relance solidaire qui permettra de mieux protéger nos aînés, mieux protéger aussi les plus pauvres d’entre nous.

Une relance sociale et solidaire enfin, par un investissement massif pour l’instruction, la formation, et les emplois de notre jeunesse. Nous le lui devons : nous lui avons tant demandé durant la période. Elle va encore avoir un été et une rentrée si difficile et c’est elle qui porte la dette écologique et budgétaire.

Ce plan de reconstruction se fera avec l’Europe qui, après des débuts timides, s’est hissée à la hauteur du moment. L’accord franco-allemand autour d’un endettement conjoint et d’un plan d’investissement pour redresser l’économie du continent est un tournant historique. En empruntant pour la première fois ensemble, avec la chancelière d’Allemagne, nous proposons aux autres Etats européens de dire « nous » plutôt qu’une addition de « je ». C’est le résultat d’un travail acharné, initié par la France, et que nous menons depuis trois ans. Ce peut être là, une étape inédite de notre aventure européenne et la consolidation d’une Europe indépendante qui se donne les moyens d’affirmer son identité, sa culture, sa singularité face à la Chine, aux Etats-Unis et dans le désordre mondial que nous connaissons. Une Europe plus forte, plus solidaire, plus souveraine. C’est le combat que je mènerai en votre nom dès le conseil européen de juillet et dans les deux années à venir.

Cette reconstruction économique, écologique et solidaire sera la clé notre indépendance. Elle sera préparée durant tout l’été avec les forces vives de notre Nation pour être mise en œuvre au plus vite.

L’indépendance de la France pour vivre mieux exige aussi notre unité autour de la République. Tel est le deuxième axe de cette nouvelle étape. Je nous vois nous diviser pour tout et parfois perdre le sens de notre Histoire. Nous unir autour du patriotisme républicain est une nécessité.

Nous sommes une Nation où chacun, quelles que soient ses origines, sa religion doit trouver sa place. Est-ce vrai partout et pour tout le monde ? Non.

Notre combat doit donc se poursuivre, s’intensifier pour permettre d’obtenir les diplômes et les emplois qui correspondent aux mérites et talents de chacun et lutter contre le fait que le nom, l’adresse, la couleur de peau réduisent encore trop souvent encore l’égalité des chances que chacun doit avoir.

Nous serons intraitables face au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations et de nouvelles décisions fortes seront prises.

Mais ce combat noble est dévoyé lorsqu’il se transforme en communautarisme, en réécriture haineuse ou fausse du passé. Ce combat est inacceptable lorsqu’il est récupéré par les séparatistes.

Je vous le dis très clairement ce soir mes chers compatriotes, la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son Histoire. La République ne déboulonnera pas de statue. Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires, notre rapport à l’Afrique en particulier, pour bâtir un présent et un avenir possible, d’une rive l’autre de la Méditerranée avec une volonté de vérité et en aucun cas de revisiter ou de nier ce que nous sommes.

Nous ne bâtirons pas davantage notre avenir dans le désordre.

Sans ordre républicain, il n’y a ni sécurité, ni liberté. Cet ordre, ce sont les policiers et les gendarmes sur notre sol qui l’assurent. Ils sont exposés à des risques quotidiens en notre nom, c’est pourquoi ils méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la Nation.

Enfin, il me reviendra avec vous de bâtir de nouveaux équilibres dans les pouvoirs et les responsabilités. C’est le troisième axe que je vois à cette nouvelle étape. J’en ai la conviction profonde : l’organisation de l’Etat et de notre action doit profondément changer.

Tout ne peut pas être décidé si souvent à Paris.

Face à l’épidémie, les citoyens, les entreprises, les syndicats, les associations, les collectivités locales, les agents de l’Etat dans les territoires ont su faire preuve d’ingéniosité, d’efficacité, de solidarité.

Faisons-leur davantage confiance. Libérons la créativité et l’énergie du terrain.

C’est pourquoi je veux ouvrir pour notre pays une page nouvelle donnant des libertés et des responsabilités inédites à ceux qui agissent au plus près de nos vies, libertés et responsabilités pour nos hôpitaux, nos universités, nos entrepreneurs, nos maires et beaucoup d’autres acteurs essentiels.

***

Mes chers compatriotes,

Ce projet d’indépendance, de reconstruction n’est possible que parce que, depuis trois ans, nous avons mené un travail sans relâche pour l’éducation, l’économie, la lutte contre les inégalités dans notre pays. Parce qu’aussi nous nous sommes battus pour notre projet européen et notre place dans l’ordre international.

Je ne crois pas que surmonter les défis qui sont devant nous consiste à revenir en arrière, non.

Mais les temps imposent de dessiner un nouveau chemin. C’est ainsi que chacun d’entre nous doit se réinventer comme je l’ai dit et que nous devons collectivement faire différemment et vous l’avez compris ce que j’ai commencé ce soir à esquisser, je me l’applique d’abord et avant tout à moi-même.

C’est dans cet esprit de concorde que j’ai demandé aux Présidents des deux chambres parlementaires et du Conseil économique, social et environnemental de proposer quelques priorités susceptibles de rassembler le plus grand nombre. C’est aussi dans cet esprit que j’ai engagé des consultations larges que je poursuivrai durant les prochains jours.

Je m’adresserai à vous en juillet pour préciser ce nouveau chemin, lancer les premières actions. Et cela ne s’arrêtera pas.

***

Mes chers compatriotes,

Nous avons devant nous des défis historiques.

Pour les relever, n’oublions jamais nos forces : notre histoire, notre jeunesse, notre sens du travail et de l’engagement, notre volonté de justice, notre capacité de créer pour dire et changer le monde, notre bienveillance.

Agissons ensemble avec toutes ces forces chevillées au corps.

Ayons ensemble cette volonté de conquérir, cette énergie du jour qui vient.

Vive la République !

Vive la France !

Emmanuel Macron

ADRESSE AUX FRANÇAIS, 13 AVRIL 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Mesures - Réactions

L'allocution d’Emmanuel Macron très attendu :

ADRESSE AUX FRANÇAIS, 13 AVRIL 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Françaises, Français,

Mes chers compatriotes,

Nous sommes en train de vivre des jours difficiles.

Nous ressentons tous en ce moment la peur, l'angoisse pour nos parents, pour nous même face à ce virus redoutable, invisible, imprévisible.

La fatigue et la lassitude pour certains, le deuil et le chagrin pour d’autres.

Cette période est encore plus difficile à vivre lorsqu’on habite à plusieurs dans un appartement exigu, lorsqu’on ne dispose pas chez soi des moyens de communications nécessaires pour apprendre, se distraire, échanger. Encore plus difficile à vivre lorsque les tensions sont là, que les risques de violence dans la famille scandent le quotidien et nous mesurons tous, dans cette période, la solitude et la tristesse de nos aînés.

Et pourtant, grâce à nos efforts, chaque jour nous avons progressé. Nos fonctionnaires et personnels de santé, médecins, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers, secouristes, nos militaires, nos pompiers, nos pharmaciens ont donné dans cette première ligne toute leur énergie pour sauver des vies et soigner. Ils ont tenu. Les hôpitaux français ont réussi à soigner tous ceux qui s'y présentaient. Ces journées, ces semaines ont été et resteront l'honneur de nos soignants, en ville comme à l'hôpital.

Dans la deuxième ligne, nos agriculteurs, nos enseignants, nos chauffeurs routiers, livreurs, électriciens, manutentionnaires, caissiers et caissières, nos éboueurs, personnels de sécurité et de nettoyage, nos fonctionnaires, nos journalistes, nos travailleurs sociaux, nos maires et élus locaux et j'en oublie tellement aidé par tant de Français qui se sont engagés. Tous ont permis à la vie de continuer au fond.

Et chacun d'entre vous, dans ce que j'ai appelé cette troisième ligne, chacun d'entre vous par votre civisme, en respectant les règles de confinement, grâce aussi à la vigilance de nos policiers et de nos gendarmes, vous avez fait que l'épidémie commence à marquer le pas.

Les résultats sont là. Plusieurs régions ont pu être épargnées. Depuis quelques jours, les entrées en réanimation diminuent. L'espoir renaît.

Et je veux ce soir vous remercier très chaleureusement pour ce dévouement et vous dire toute ma reconnaissance.

Alors, étions-nous préparés à cette crise ? A l'évidence, pas assez mais nous avons fait face en France comme partout ailleurs. Nous avons donc dû parer à l'urgence, prendre des décisions difficiles à partir d'informations partielles, souvent changeantes, nous adapter sans cesse, car ce virus était inconnu et il porte encore aujourd'hui beaucoup de mystères.

Le moment, soyons honnêtes, a révélé des failles, des insuffisances. Comme tous les pays du monde, nous avons manqué de blouses, de gants, de gels hydro alcooliques. Nous n'avons pas pu distribuer autant de masques que nous l'aurions voulu pour nos soignants, pour les personnels s'occupant de nos aînés, pour les infirmières et les aides à domicile.

Dès l'instant où ces problèmes ont été identifiés, nous nous sommes mobilisés - Gouvernement, collectivités locales, industriels, associations - pour produire et pour acquérir le matériel nécessaire. Mais je mesure pleinement que, lorsque l'on est au front, il est difficile d'entendre qu'une pénurie mondiale empêche les livraisons.

Les commandes sont désormais passées. Surtout, nos entreprises françaises et nos travailleurs ont répondu présent et une production, comme en temps de guerre, s'est mise en place : nous avons réouvert des lignes pour produire et nous avons réquisitionné.

D'ici trois semaines, nous aurons, imaginez-le, multiplier par cinq la production de masques pour nos soignants en France et nous aurons produit 10 000 respirateurs supplémentaires de plus sur notre sol. Ces respirateurs si précieux en réanimation.

Grâce à ces efforts, nous saurons faire face et nous allons continuer à distribuer davantage d'équipements. Mais comme vous, j'ai vu des ratés, encore trop de lenteur, de procédures inutiles, des faiblesses aussi de notre logistique. Nous en tirerons toutes les conséquences, en temps voulu, quand il s'agira de nous réorganiser. Ces dernières semaines, soyons aussi justes avec notre pays, ont été marqué par de vraies réussites : le doublement du nombre de lits en réanimation, ce qui n'avait jamais été atteint, les coopérations inédites entre l'hôpital, les cliniques privées et la médecine de ville, le transfert de patients, vers les régions les moins touchées, mais aussi vers le Luxembourg, la Suisse, l'Allemagne et l'Autriche, que je remercie, la mise en place de l'enseignement à distance, l'organisation de chaînes de solidarité dans nos communes, la réussite de tous ceux qui nous ont nourris durant ces semaines sans rupture, avec engagement, le rapatriement de plusieurs dizaines de milliers de ressortissants français et européens depuis des pays du monde entier et le soutien aux Français de l'étranger.

Très souvent, ce qui semblait impossible depuis des années, nous avons su le faire en quelques jours. Nous avons innové, osé, agit au plus près du terrain, beaucoup de solutions ont été trouvées. Nous devrons nous en souvenir car ce sont autant de forces pour le futur.

Mes chers compatriotes, si je tenais à m'adresser à vous ce soir, après avoir largement consulté ces derniers jours, c'est pour vous dire en toute transparence ce qui nous attend pour les prochaines semaines et les prochains mois.

L'espoir renaît, je vous le disais, oui, mais rien n'est acquis. Dans le Grand Est comme en Ile de France, les services hospitaliers sont saturés. Partout, en Hexagone comme dans les outre-mer, le système est sous tension et l'épidémie n'est pas encore maîtrisée.

Nous devons donc poursuivre nos efforts et continuer d'appliquer les règles. Plus elles seront respectées, plus nous sauveront de vies.

C'est pour cela que le confinement le plus strict doit encore se poursuivre jusqu'au lundi 11 mai. C'est durant cette période, le seul moyen d'agir efficacement.

C'est la condition pour ralentir encore davantage la propagation du virus, réussir à retrouver des places disponibles en réanimation et permettre à nos soignants de reconstituer leurs forces. Le lundi 11 mai ne sera possible que si nous continuons d'être civiques, responsables, de respecter les règles et que si la propagation du virus a effectivement continué à ralentir.

Je mesure pleinement, en vous le disant, l'effort que je vous demande. Durant les 4 semaines à venir, les règles prévues par le gouvernement devront continuer d'être respectées. Elles sont en train de montrer leur efficacité et ne doivent être ni renforcées ni allégées, mais pleinement appliquées. Je demande à tous nos élus, dont je sais l'importance dans cette période, je demande à tous nos élus, comme la République le prévoit en cette matière, d'aider à ce que ces règles soient les mêmes partout sur notre sol. Des couvre-feux ont été décidés là où c'était utile mais il ne faut pas rajouter des interdits dans la journée.

Pour notre vie quotidienne, il faut continuer lorsque nous sortons à appliquer les « gestes barrières » : nous tenir à distance et nous laver les mains. Je veux aussi vous rappeler que tous ceux qui ont une maladie chronique ou souffrent d'autres maladies doivent pouvoir continuer à consulter leur médecin. Car il n'y a pas que le virus qui tue : l'extrême solitude, le renoncement à d'autres soins peuvent-être aussi dangereux.

Je souhaite aussi que les hôpitaux et les maisons de retraite puissent permettre d'organiser pour les plus proches, avec les bonnes protections, la visite aux malades en fin de vie afin de pouvoir leur dire adieu.

Durant cette phase de confinement, le pays continue à vivre, et heureusement. Certaines activités sont interdites, car incompatibles avec les règles sanitaires. Pour tous les autres secteurs économiques, quand la sécurité des travailleurs et des entrepreneurs est bien garantie, ils doivent pouvoir produire et l’ont largement fait depuis maintenant un mois.

Pour tous ceux qui doivent-être aidés durant cette période, les mesures de chômage partielles pour les salariés et de financement pour les entreprises, seront prolongées et renforcées. Elles sont inédites et protèges d’ores et déjà plus de 8 millions de nos salariés et nombre de nos entreprises.

Pour les artisans, les commerçants, les professions libérales et les entrepreneurs, le fonds de solidarité apporte une première réponse mais je sais votre angoisse, je l’ai entendu, je l’ai lu : les charges qui continuent de tomber, les traites, les loyers, les emprunts, c’est pourquoi j’ai demandé au Gouvernement d’accroître fortement les aides, de les simplifier, pour vous permettre de surmonter cette période. Je souhaite que les banques puissent décaler toutes les échéances beaucoup plus massivement qu’elles ne l’ont fait et les assurances doivent être au rendez-vous de cette mobilisation économique. J’y serai attentif.

Il y a donc un travail dans les prochains jours à poursuivre pour vous consolider économiquement dans cette période.

Rapidement, un plan spécifique sera mis en œuvre pour les secteurs qui, comme le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, la culture et l’événementiel, seront durablement affectés. Des annulations de charges et des aides spécifiques seront mises en place.

Pour les plus fragiles et les plus démunis, ces semaines sont aussi très difficiles. Je veux remercier les maires, les élus locaux, les associations qui se sont fortement mobilisés aux côtés du Gouvernement. Et j’ai demandé à celui-ci d’aller plus loin là aussi et de verser sans délai une aide exceptionnelle aux familles les plus modestes avec des enfants afin de leur permettre de faire face à leurs besoins essentiels. Les étudiants les plus précaires vivants parfois loin de leurs familles, en particulier lorsque celles-ci viennent d’outre-mer, seront aussi aidés.

Dès mercredi, le Conseil des ministres décidera des moyens financiers nouveaux et le Gouvernement apportera toutes les réponses nécessaires à chaque fois qu’il le faudra.

Le 11 mai prochain, mes chers compatriotes, sera donc le début d’une nouvelle étape. Elle sera progressive, les règles pourront être adaptées en fonction de nos résultats car l’objectif premier demeure la santé de tous les Français.

A partir du 11 mai, nous rouvrirons progressivement les crèches, les écoles, les collèges et les lycées.

C’est pour moi une priorité car la situation actuelle creuse des inégalités. Trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires et dans nos campagnes, sont privés d’école sans avoir accès au numérique et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents. Dans cette période, les inégalités de logement, les inégalités entre familles sont encore plus marquées. C’est pourquoi nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes. Le Gouvernement, dans la concertation, aura à aménager des règles particulières : organiser différemment le temps et l'espace, bien protéger nos enseignants et nos enfants, avec le matériel nécessaire.

Pour les étudiants de l'enseignement supérieur, les cours ne reprendront pas physiquement jusqu'à l'été. Le Gouvernement précisera pour chacun la bonne organisation qui sera nécessaire, en particulier pour les examens et les concours.

Le 11 mai, il s'agira aussi de permettre au plus grand nombre de retourner travailler, redémarrer notre industrie, nos commerces et nos services. Le Gouvernement préparera sans délai ces réouvertures avec les partenaires sociaux pour que des règles soient établies afin de protéger les salariés au travail. C'est la priorité.

Les lieux rassemblant du public, restaurants, cafés et hôtels, cinémas, théâtres, salles de spectacles et musées, resteront en revanche fermés à ce stade. Les grands festivals et événements avec un public nombreux ne pourront se tenir au moins jusqu'à mi-juillet prochain. La situation sera collectivement évaluée à partir de mi-mai, chaque semaine, pour adapter les choses et vous donner de la visibilité. Pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester même après le 11 mai confinées, tout au moins dans un premier temps. Je sais que c'est une contrainte forte. Je mesure ce que je vous demande et nous allons, d'ici le 11 mai, travailler à rendre ce temps plus supportable pour vous. Mais il faudra essayer de s'y tenir pour vous protéger, pour votre intérêt.

Nous aurons à partir du 11 mai une organisation nouvelle pour réussir cette étape. L'utilisation la plus large possible des tests et la détection est une arme privilégiée pour sortir au bon moment du confinement.

D'ici là et dans les prochaines semaines, nous allons continuer d'augmenter le nombre de tests faits chaque jour. C'est ce qui, depuis 15 jours, est fait. Durant les semaines à venir, j'ai demandé que ces tests, soient d'abord pratiqués sur nos aînés, nos soignants et les plus fragiles. Et que nous puissions continuer de mobiliser partout tous les moyens de faire des tests, c'est-à-dire tous les laboratoires publics et tous les laboratoires privés.

Le 11 mai, nous serons en capacité de tester toute personne présentant des symptômes. Nous n'allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, cela n'aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée. Les personnes ayant le virus pourront ainsi être mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin.

Pour accompagner cette phase, plusieurs innovations font l'objet de travaux avec certains de nos partenaires européens, comme une application numérique dédiée qui, sur la base du volontariat et de l'anonymat, permettra de savoir si, oui ou non, l'on s'est trouvé en contact avec une personne contaminée. Vous en avez sûrement entendu parler.

Le Gouvernement aura à y travailler, il ne faut négliger aucune piste, aucune innovation. Mais je souhaite qu’avant le 11 mai, nos Assemblées puissent en débattre, et que les autorités compétentes puissent nous éclairer. Cette épidémie ne saurait affaiblir notre démocratie, ni mordre sur quelques libertés.

Jusqu'à nouvel ordre, nos frontières avec les pays non-européens resteront fermées.

Nous déploierons ensuite tous les moyens nécessaires à la protection de la population. En complément des « gestes barrière » que vous connaissez bien et qu'il vous faudra continuer à appliquer, l'Etat à partir du 11 mai en lien avec les maires devra permettre à chaque Français de se procurer un masque grand public. Pour les professions les plus exposées et pour certaines situations, comme dans les transports en commun, son usage pourra devenir systématique.

Ce sera possible grâce à nos importations et grâce à la formidable mobilisation d'entrepreneurs et de salariés partout sur le territoire pour produire massivement ce type de masques.

Le Gouvernement présentera d'ici 15 jours, sur la base de ces principes, le plan de l'après 11 mai et les détails d'organisation de notre vie quotidienne.

Des points de rendez-vous réguliers se tiendront pour que nous puissions adapter les mesures prises et ensemble décider de manière régulière d'ajuster les choses.

Alors à quelle échéance, dès lors, peut-on espérer entrevoir la fin définitive de cette épreuve ? Quand pourrons-nous renouer avec la vie d'avant ? Je sais vos questionnements, je les partage. Ils sont légitimes. J'aimerais tellement pouvoir tout vous dire et vous répondre sur chacune de ces questions. Mais en toute franchise, en toute humilité, nous n'avons pas de réponse définitive à cela.

Aujourd'hui, d'après les premières données qui seront prochainement affinées par ce qu'on appelle les tests sérologiques, une très faible minorité de Français ont contracté le Covid-19. Ce qui veut dire que nous sommes loin de ce que les spécialistes appellent l'immunité collective, c'est-à-dire ce moment où le virus arrête de lui-même sa circulation parce que suffisamment d'entre nous l'avons eu.

C'est pourquoi la première voie pour sortir de l'épidémie est celle des vaccins. Tout ce que le monde compte de talents, de chercheurs y travaille. La France est reconnue en la matière et a d'excellentes ressources parce que c'est sans doute la solution la plus sûre, même s'il faudra plusieurs mois au moins pour la mettre en oeuvre. Notre pays investira encore plus massivement dans la recherche et je porterai dans les prochains jours une initiative avec nombre de nos partenaires en votre nom pour accélérer les travaux en cours.

La seconde voie, ce sont les traitements. Nous y travaillons depuis le premier jour. Il y a eu, je le sais, beaucoup de débats dans le pays. Toutes les options sont explorées et notre pays est celui qui a engagé le plus d'essais cliniques en Europe. J'ai tenu moi-même à comprendre chacune des options possibles, à m'assurer que tout était essayé dans les meilleurs délais et avec rigueur. Il ne s'agit pas de donner un traitement si on n'est pas sûr mais de procéder à tous les essais cliniques pour que toutes les pistes soient poursuivies. Et croyez-le, nos médecins, nos chercheurs travaillent d'arrache-pied. Aucune piste n'est négligée, aucune piste ne sera négligée. Je m'y engage.

Voilà, ce soir je partage avec vous ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. Nous finirons par l'emporter mais nous aurons plusieurs mois à vivre avec le virus. Avec humilité, il nous faut aujourd’hui décider et agir en tenant compte des incertitudes avec lucidité, oui, parce que regardez l'Asie, où le virus semblait avoir été vaincu et il revient dans de nombreux pays qui, à nouveau, décident de refermer leurs économies. Il nous faut donc procéder avec calme et courage.

Mais ce que je sais, ce que je sais à ce moment, mes chers compatriotes, c'est que notre Nation se tient debout, solidaire, dans un but commun.

On disait que nous étions un peuple indiscipliné, et voilà que nous respectons des règles, des disciplines parmi les plus rigoureuses jamais imposées à notre peuple en temps de paix.

On disait que nous étions un peuple épuisé, routinier, bien loin de l'élan des fondations, et voilà que tant d'entre vous rivalisent de dévouement, d'engagement face à l'inattendu de cette menace.

Nous voilà tous solidaires, fraternels, unis, concitoyens d'un pays qui fait face. Concitoyens d'un pays qui débat, qui discute, qui continue de vivre sa vie démocratique, mais qui reste uni. Et je veux ce soir partager avec vous, au cœur de l'épreuve, cette fierté.

Cette certaine idée qui a fait la France est bien là, vivante et créatrice. Et cela doit nous remplir d'espoir.

Durant les semaines à venir, le Gouvernement, le Parlement, notre administration, avec nos maires et nos élus locaux, auront à préparer la suite. Pour ce qui me concerne, je tâcherai de porter en Europe notre voix afin d'avoir plus d'unité et de solidarité. Les premières décisions ont été dans le bon sens et nous avons beaucoup poussé pour cela, qu'il s'agisse de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne ou des gouvernements.

Mais nous sommes à un moment de vérité qui impose plus d'ambition, plus d'audace, un moment de refondation.

Nous devons aussi savoir aider nos voisins d'Afrique à lutter contre le virus plus efficacement, à les aider aussi sur le plan économique en annulant massivement leurs dettes.

Oui, nous ne gagnerons jamais seuls.

Parce qu'aujourd'hui, à Bergame, Madrid, Bruxelles, Londres, Pékin, New York, Alger ou Dakar, nous pleurons les morts d'un même virus. Alors si notre monde sans doute se fragmentera, il est de notre responsabilité de bâtir dès aujourd'hui des solidarités et des coopérations nouvelles. Il nous reviendra aussi, dans les prochaines semaines, de préparer l'après.

Il nous faudra rebâtir notre économie plus forte afin de produire et redonner plein espoir à nos salariés, nos entrepreneurs, garder notre indépendance financière.

Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d'autonomie stratégique pour notre Europe. Cela passera par un plan massif pour notre santé, notre recherche, nos aînés, entre autres.

Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd'hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ». Ces mots, les Français les ont écrits il y a plus de 200 ans. Nous devons aujourd'hui reprendre le flambeau et donner toute sa force à ce principe.

Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir.

Ces quelques évidences s'imposent aujourd'hui à nous mais ne suffiront pas. Je reviendrai donc vers vous pour parler de cet après. Le moment que nous vivons est un ébranlement intime et collectif. Sachons le vivre comme tel. Il nous rappelle que nous sommes vulnérables, nous l'avions sans doute oublié. Ne cherchons pas tout de suite à y trouver la confirmation de ce en quoi nous avions toujours cru. Non. Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier.

Il y a dans cette crise une chance : nous ressouder et prouver notre humanité, bâtir un autre projet dans la concorde. Un projet français, une raison de vivre ensemble profonde.

Dans les prochaines semaines, avec toutes les composantes de notre Nation, je tâcherai de dessiner ce chemin qui rend cela possible.

Mes chers compatriotes, nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les Jours Heureux. J'en ai la conviction.

Et les vertus qui, aujourd'hui, nous permettent de tenir, seront celles qui nous aideront à bâtir l'avenir, notre solidarité, notre confiance, notre volonté.

Alors prenez soin de vous, prenons soin les uns des autres

Nous tiendrons.

Vive la République.

Vive la France.

Bilan - Mesures :

Ce soir en France : 98 076 cas confirmés, 32 113 personnes sont hospitalisées, 6 821 cas graves et 9 588 décès à l'hôpital
et 5 379 en EHPAD soit 14 967 décès selon Santé Publique France.

Le Président de la République Emmanuel Macron s’est exprimé trois fois à la télévision depuis le début de la crise sanitaire
que traverse la France - "Nous sommes en Guerre" :
- le 12 mars 2020 de l'Elysée...
- le 16 mars 2020 de l'Elysée...
- et le 25 mars 2020 de Mulhouse...

Allocution Emmanuel Macron
le 25 mars 2020

ALLOCUTION DU PRÉSIDENT EMMANUEL MACRON À MULHOUSE, AUX CÔTÉS DES FEMMES ET DES HOMMES MOBILISÉS EN PREMIÈRE LIGNE POUR PROTÉGER LES FRANÇAIS DU COVID-19. 25 MARS 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes.

Je tenais à venir aujourd’hui ici, à Mulhouse, en Alsace, dans cette région Grand-Est, dans cette région qui est à ce jour la plus touchée par l'épidémie de Covid-19 et l'une des premières frappées en France, il y a près d'un mois. Dans le Grand-Est, plusieurs centaines de nos compatriotes ont perdu la vie. Plus de 700 se trouvent en état grave, placés en réanimation. Je m'associe à la douleur des familles, des proches et veux leur dire que la Nation toute entière est à leurs côtés.

Je veux aussi, ce soir, saluer la mémoire des soignants qui ont payé de leur vie leur engagement pour soigner d'autres vies, sauver d'autres vies depuis le début de cette épidémie. Le premier soignant est tombé il y a quelques jours à Compiègne. Trois soignants ont perdu la vie dans la région Grand-Est, ils avaient décidé de soigner coûte que coûte. Un gynécologue obstétricien ici à Mulhouse, un médecin généraliste, dans la commune de l'hôpital en Moselle et un médecin généraliste à Colmar, une ville elle aussi très durement touchée. Nos pensées accompagnent leurs familles, leurs proches, toute la communauté des soignants.

Mes chers compatriotes, je vous ai dit il y a quelques jours que nous étions engagés dans une guerre, une guerre contre un ennemi invisible, ce virus, le Covid-19 et cette ville, ce territoire porte les morsures de celui-ci. Lorsqu'on engage une guerre, on s'y engage tout entier, on s'y mobilise dans l'unité. Je vois dans notre pays les facteurs de division, les doutes, toutes celles et ceux qui voudraient aujourd'hui fracturer le pays alors que nous ne devons avoir qu'une obsession : être unis pour combattre le virus. J’en appelle à cette unité, à cet engagement : être unis. Vous avez un Gouvernement qui est à la tâche, œuvrant pour trouver les solutions et se battant. Le ministre de la Santé reviendra dans les prochains jours, comme il l'a déjà fait et comme il le fait constamment sur les sujets les plus sensibles, en toute transparence. Le sujet des masques, des respirateurs, des tests et des traitements pour apporter toutes les explications, toutes les demandes d'informations légitimes, mais sans que nous ne cédions à aucune forme de division sans que jamais nous ne céderons au flot de fausses informations. Nous n'avons qu'une priorité : battre le virus.

La Nation tout entière est mobilisée. Mobilisation d'abord des services de l'Etat, qui est totale, et ici, dans le Grand-Est depuis le début. Sur le plan sanitaire, d'abord, tout est mis en œuvre pour que le service, nos services de santé puisse faire face à la vague. L'Agence régionale de santé a lancé très tôt un appel au volontariat des personnels soignants. Plus de 1 000 engagés ont répondu présent dans la région, dont 250 ici à Mulhouse. Une organisation s'est mise en œuvre consistant à déprogrammer les opérations qui n'étaient pas urgentes pour libérer des lits, mobilisant le secteur privé, faisant jouer toute la solidarité entre l'hôpital, le secteur privé et la ville. Les respirateurs sont arrivés, d'autres hôpitaux, des Armées. Un déploiement complet a été fait. Nous avons ici, dans cette région, mis en place une organisation, une méthode inédite qui sera répliquée partout où elle sera utile.

Solidarité aussi nationale qui joue à plein. Plusieurs transferts ont été organisés vers des régions moins touchées. Une trentaine de patients ont ainsi été conduits dans d'autres hôpitaux de la région. Trois opérations menées par les Armées ont permis de transférer 18 patients vers d'autres régions. Et demain, un train médicalisé sera affrété pour transférer une vingtaine de patients à nouveau. La mobilisation de nos systèmes de santé est totale. Je veux saluer tous les personnels de l'hôpital, des hôpitaux de la région, mais aussi tous les médecins de ville que j'ai croisé tout à l'heure et avec qui j'ai pu discuter, et l'ensemble du secteur sanitaire, médico-social et social.

Mobilisation aussi de tous les services de l'Etat. Je veux saluer les préfets qui, aux côtés des responsables sanitaires, se sont mobilisés pour assurer la continuité des services publics. Tous les services de l'Etat sont mobilisés, nos policiers, nos gendarmes, nos douaniers, l'ensemble de nos fonctionnaires, nos enseignants, à qui aussi je veux dire merci car ils continuent de s'occuper de notre jeunesse de manière physique pour les enfants de nos personnels soignants mais de tous les autres aussi, sans relâche. Je veux ici aussi remercier l'ensemble des collectivités locales, la région, le département, l'agglomération et la ville et l'ensemble de leurs personnels qui n'ont cessé d'être également au front.

Enfin, je veux remercier nos voisins allemands, suisses, luxembourgeois, qui ont pris en charge une trentaine de patients lourds, comme nous l'avons fait il y a quelques semaines pour nos voisins italiens. C'est cela aussi l'Europe, la vraie, cette solidarité.

Ici, dans cette première région si lourdement touchée, cette mobilisation a été exemplaire. L'organisation a permis collectivement de nous améliorer pour apporter une réponse indispensable. Ici, nous avons fait bloc pour soigner, pour sauver. C'est en activant tous les leviers de la solidarité et en faisant bloc que nous pourrons faire face en Corse, où la situation est déjà très difficile, puis demain, dans les Hauts-de-France, en Bourgogne-Franche-Comté, en Île-de-France, en Outre-mer aussi, où des situations extrêmement tendues sont en train d'arriver. Dans chacun des territoires que je viens d'évoquer, la situation, chaque jour, est plus difficile et c'est la même organisation qui se met en place. Elle se met en place aussi parce qu'une formidable mobilisation nationale est là, et je veux vous en féliciter et vous en remercier, mes chers compatriotes. La réserve sanitaire d'abord, avec plus de 40 000 inscrits, permet d'apporter des bras, des soutiens à des femmes et des hommes qui se réengagent pour aider. Plus de 100 000 d'entre vous se sont engagés sur la plateforme "Je veux aider" pour là aussi, à leur manière, avec leurs moyens, apporter une aide au milieu de cette crise. C'est cette France fraternelle qui nous permettra de tenir et de vaincre.

Mais derrière cette organisation, il y a toujours et avant tout les femmes et les hommes. Je suis ici à Mulhouse, à leurs côtés, pour leur rendre hommage. Dans cette guerre, il y a en première ligne l'ensemble de nos soignants, qu'ils interviennent à l'hôpital, en ville, dans les EHPAD, dans nos établissements accueillant des personnes en situation de handicap, dans les services à domicile, qu'ils soient médecins, infirmiers, ambulanciers, pharmaciens, aides-soignants. Tous sont en première ligne. Les yeux sont cernés, la fatigue est présente. L'angoisse est là pour eux-mêmes, pour leurs collègues, pour leur famille. Je l'ai vu aujourd'hui avec beaucoup de force. La Nation tout entière est derrière eux, reconnaissante. Elle rend hommage chaque jour. Elle est à leurs côtés à chaque instant. Avec un courage exceptionnel, ils font face. Ils sauvent des vies. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir. Nous serons là aussi au rendez-vous de ce que nous devons, au-delà de cette reconnaissance et du respect. J'ai demandé au gouvernement d'apporter une réponse claire et forte de court terme pour l'ensemble des personnels soignants comme pour l'ensemble des fonctionnaires mobilisés, afin de majorer les heures supplémentaires effectuées sous forme d'une prime exceptionnelle pour pouvoir accompagner financièrement cette reconnaissance. Mais plus largement, nos soignants qui se battent aujourd'hui pour sauver des vies se sont hier battus, souvent pour sauver l'hôpital, notre médecine. Beaucoup a été fait, sans doute pas suffisamment vite, pas suffisamment fort. L’engagement que je prends ce soir pour eux et pour la nation toute entière c’est qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement et de revalorisation de l’ensemble des carrières sera construit pour notre hôpital. C’est ce que nous leur devons, c’est ce que nous devons à la Nation. Cette réponse sera profonde et dans la durée.

Je veux aussi saluer l’ensemble des femmes et des hommes qui sont en deuxième ligne et qui permettent à nos soignants de soigner, et au pays de continuer à vivre. Ce sont les femmes et les hommes qui transportent, qui hébergent, qui dépannent, qui nettoient, qui réparent. Ce sont nos agriculteurs, ce sont l’ensemble des femmes et des hommes qui sont dans le secteur de l’alimentation, des commerces de première nécessité, ce sont nos livreurs, nos caissiers et nos caissières, c’est tout ce peuple travailleur de France qui se bat, qui, je le sais, parfois, est angoissé, souvent pour eux-mêmes et leurs familles, mais permet au pays de vivre. Je veux ce soir avec beaucoup de force les remercier et leur apporter tout le soutien de la Nation. Je sais les attentes qu’il y a là aussi pour être mieux protégé et le gouvernement fera le maximum pour apporter toutes les réponses avec les contraintes qui sont les nôtres, toujours en transparence. Vendredi, je rassemblerai l’ensemble des partenaires sociaux et un très gros travail a été fait ces derniers jours pour, secteur par secteur, apporter les meilleures réponses pour organiser le travail, pour mieux protéger au travail. Je veux remercier l’ensemble des employeurs de tous ces secteurs qui ont beaucoup fait là aussi pour que la nation continue à vivre. Cette deuxième ligne est indispensable et je veux remercier tous nos compatriotes qui, avec courage, chaque jour, permettent au pays de continuer à vivre dans ce contexte. Leur travail, leur engagement, leur courage sont aussi notre fierté.

Et il y a la troisième ligne, celles et ceux qui peuvent télétravailler ou rester à la maison, arrêter leur activité pour un temps ou qui y sont contraints parce que le secteur d’activité a fermé et qui contribuent aussi à l’effort de la Nation en restant chez eux, en respectant les règles de confinement qui ont été édictées par le gouvernement, en réduisant les contacts, en luttant contre la propagation du virus. Je vous remercie, mes chers compatriotes, de cette part que vous prenez à l’effort collectif. Elle est indispensable, pour protéger notre système de santé, pour ralentir ce virus et protéger l’ensemble de nos soignants, de nos réanimateurs, pour permettre de sauver un maximum de vies, pour protéger aussi nos aînés et les plus fragiles.

Chacun a un rôle, et dans ce contexte nos armées ont un rôle et je veux les en remercier, et je terminerai par là. Nos armées sont déjà mobilisées comme ici, à Mulhouse, avec cet hôpital de campagne dans lequel je viens de me rendre et par la mobilisation aussi du service de santé dans son intégralité. Cet hôpital a été monté dans des délais records par le service de santé et l’armée de terre. Les 5 hôpitaux d’instruction des armées sont aussi mobilisés, où des malades sont déjà pris en charge. Des opérations de transport sanitaire aérien et maritime ont déjà été réalisées par des avions ravitailleurs, dont les opérations Morphée de l’armée de l’air, le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre, d’autres missions de soutien encore. Partout, je le sais, nos militaires sont prêts et déterminés.

Nous sommes en guerre et face à ce qui se profile, ce pic de l'épidémie qui est devant nous, j'ai décidé, sur proposition de la ministre des Armées et du chef d'état-major des Armées, de lancer l'opération Résilience. Cette opération, distincte de l'opération Sentinelle qui continue de se concentrer sur la lutte contre le terrorisme quant à elle, cette opération Résilience sera entièrement consacrée à l'aide et au soutien aux populations ainsi qu'à l'appui aux services publics pour faire face à l'épidémie de Covid-19 en métropole et en outre-mer, en particulier dans les domaines sanitaire, logistique et de la protection. Dans ce cadre, j'ai d'ores et déjà décidé de déployer immédiatement le porte-hélicoptères amphibies Mistral dans le sud de l'Océan Indien et à partir de début avril le porte-hélicoptères Dixmude ira se positionner dans la zone Antilles Guyane en soutien de nos territoires ultramarins.

Mes chers compatriotes, Mesdames, Messieurs, je reviendrai dans quelques jours faire un point complet de la situation, vous dire les décisions prises pour les semaines à venir et les décisions plus profondes que j'entends prendre pour la nation. Mais ce soir je voulais être là, aux côtés de nos soignants, aux côtés de nos armées, aux côtés de nos malades, pour dire que toute la Nation est engagée, engagée dans ce combat. Chacun a un rôle à y jouer, chaque citoyen, parce que la Nation française est un bloc et parce que dans cette guerre nous devons faire bloc, être unis, fiers et reconnaissants pour le rôle de chacun et tenir l'unité et le courage nous permettront de vaincre. Nous ne sommes qu'au début mais nous tiendrons.

Nous tiendrons parce que nous ne cèderons rien. Nous tiendrons parce que nous en avons la force.

Vive la République et vive la France ! Je vous remercie. Merci à vous, Mesdames, Messieurs.

Allocution Emmanuel Macron
le 16 mars 2020
"Nous sommes en guerre"

ADRESSE AUX FRANÇAIS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON - 16 MARS 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Françaises, Français,

Jeudi soir, je me suis adressé à vous pour évoquer la crise sanitaire que traverse notre pays. Jusqu'alors, l'épidémie était peut-être pour certains une idée lointaine, elle est devenue une réalité immédiate, pressante.

Le Gouvernement a pris, comme je vous l’avais annoncé, des dispositions fermes pour freiner la propagation du virus. Les crèches, les écoles, les collèges, les lycées, les universités sont fermées depuis ce jour. Samedi soir, les restaurants, tous les commerces non-essentiels à la vie de la Nation ont également clôt leurs portes. Les rassemblements de plus de 100 personnes ont été interdits. Jamais la France n'avait dû prendre de telles décisions - évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires - en temps de Paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus.

Dans la journée de jeudi, un consensus scientifique et politique s'est formé pour maintenir le premier tour des élections municipales et j'ai pris, avec le Premier ministre, la décision de maintenir le scrutin. Hier dimanche, les opérations de vote ont donc pu se tenir. Je veux ce soir remercier les services de l'Etat, les maires, l’ensemble des services des mairies, tous ceux qui ont tenu les bureaux de vote et qui ont donc permis l’organisation de ce scrutin. Je veux aussi saluer chaleureusement les Françaises et les Français qui, malgré le contexte, se sont rendus aux urnes, dans le strict respect des consignes sanitaires, des gestes barrières contre le virus. Je veux aussi ce soir adresser mes félicitations républicaines aux candidats élus au premier tour. Environ 30 000 communes sur 35 000 ont après ce premier tour un conseil municipal. Mais dans le même temps, alors même que les personnels soignants des services de réanimation alertaient sur la gravité de la situation, nous avons aussi vu du monde se rassembler dans les parcs, des marchés bondés, des restaurants, des bars qui n’ont pas respecté la consigne de fermeture. Comme si, au fond, la vie n’avait pas changé.

A tous ceux qui, adoptant ces comportements, ont bravé les consignes, je veux dire ce soir très clairement : non seulement vous ne vous protégez pas vous - et l’évolution récente a montré que personne n’est invulnérable y compris les plus jeunes - mais vous ne protégez pas les autres. Même si vous ne présentez aucun symptôme, vous pouvez transmettre le virus. Même si vous ne présentez aucun symptôme, vous risquez de contaminer vos amis, vos parents, vos grands-parents, de mettre en danger la santé de ceux qui vous sont chers.

Dans le Grand Est, dans les Hauts-de-France, en Île-de-France, nos soignants se battent pour sauver des vies, avec dévouement, avec force. Au moment où la situation sanitaire se dégrade fortement, où la pression sur nos hôpitaux et nos soignants s’accentue, tout notre engagement, toute notre énergie, toute notre force, doivent se concentrer sur un seul objectif : ralentir la progression du virus.

Je vous le redis avec force ce soir : respectons les gestes barrières, les consignes sanitaires. C'est le seul moyen de protéger les personnes vulnérables, d'avoir moins de concitoyens infectés et ainsi de réduire la pression sur les services de réanimation pour qu'ils puissent mieux accueillir, mieux soigner.

Sans signe grave, contactons notre médecin traitant. N’appelons le Samu et ne nous rendons à l’hôpital qu’en cas de forte fièvre, de difficulté à respirer, sans quoi, ils ne pourront faire face à la vague de cas graves qui déjà se profile dans certaines régions.

Faisons preuve au fond d’esprit solidaire et de sens des responsabilités. Chacun d’entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. Les scientifiques le disent, prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. Les scientifiques le disent, c’est la priorité absolue. C'est pourquoi, après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j'ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits.

Cela signifie que les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales ne seront plus permises. Se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible. Il s'agit de limiter au maximum ces contacts au-delà du foyer. Partout sur le territoire français, en métropole comme Outre-mer, seuls doivent demeurer les trajets nécessaires, nécessaires pour aller faire ses courses avec de la discipline et en mettant les distances d'au moins un mètre, en ne serrant pas la main, en ne s'embrassant pas, les trajets nécessaires pour se soigner, évidemment, les trajets nécessaires pour aller travailler si le travail à distance n'est pas possible et les trajets nécessaires pour faire un peu d'activité physique mais sans retrouver, là encore, des amis ou des proches. Toutes les entreprises doivent s'organiser pour faciliter le travail à distance, et quand cela ne sera pas possible, elles devront adapter dès demain leur organisation pour faire respecter ces gestes barrières contre le virus, c'est à dire protéger leurs salariés, ou, quand il s'agit d'indépendants, se protéger eux-mêmes. Le Gouvernement précisera les modalités de ces nouvelles règles dès ce soir, après mon allocution. Toute infraction à ces règles sera sanctionnée. Je vous le dis avec beaucoup de solennité ce soir, écoutons les soignants, qui nous disent : si vous voulez nous aider, il faut rester chez vous et limiter les contacts. C'est le plus important. Evidemment, ce soir, je pose des règles nouvelles, nous posons des interdits, il y aura des contrôles. Mais la meilleure règle, c'est celle qu'en tant que citoyen, vous vous appliquez à vous-mêmes. Une fois encore, j'en appelle à votre sens des responsabilités et de la solidarité.

Dans ce contexte, après avoir consulté le Président du Sénat, le Président de l'Assemblée nationale mais également mes prédécesseurs, j'ai décidé que le second tour des élections municipales serait reporté. Le Premier ministre en a informé aujourd'hui même les chefs de parti représentés au Parlement. Cette décision a fait l'objet d'un accord unanime.

Mes chers compatriotes, je mesure l'impact de toutes ces décisions sur vos vies. Renoncer à voir ses proches, c'est un déchirement ; stopper ses activités quotidiennes, ses habitudes, c'est très difficile. Cela ne doit pas nous empêcher de garder le lien, d'appeler nos proches, de donner des nouvelles, d'organiser aussi les choses avec nos voisins, d'inventer de nouvelles solidarités entre générations, de rester, comme je vous l'ai dit jeudi dernier, profondément solidaires et d'innover là aussi sur ce point. Je sais que je vous demande de rester chez vous. Je vous demande aussi de garder le calme dans ce contexte. J'ai vu, ces dernières heures, des phénomènes de panique en tout sens. Nous devons tous avoir l'esprit de responsabilité. Il ne faut pas que les fausses informations circulent à tout va. En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l'essentiel. Je pense que c'est important dans les moments que nous vivons. La culture, l'éducation, le sens des choses est important. Et évitez l'esprit de panique, de croire dans toutes les fausses rumeurs, les demi-experts ou les faux-sachants. La parole est claire, l'information est transparente et nous continuerons de la donner. Mais croyez-moi, cet effort que je vous demande, je sais qu'il est inédit mais les circonstances nous y obligent.

Nous sommes en guerre , en guerre sanitaire, certes : nous ne luttons ni contre une armée, ni contre une autre Nation. Mais l'ennemi est là, invisible, insaisissable, qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale.

Nous sommes en guerre . Toute l'action du Gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l'épidémie. De jour comme de nuit, rien ne doit nous en divertir. C'est pourquoi, j'ai décidé que toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des retraites. Dès mardi, en Conseil des ministres, sera présenté un projet de loi permettant au gouvernement de répondre à l’urgence et, lorsque nécessaire, de légiférer par ordonnances dans les gouvernement de répondre à l’urgence et, lorsque nécessaire, de légiférer par ordonnances dans les domaines relevant strictement de la gestion de crise. Ce projet sera soumis au Parlement dès jeudi. J’ai vu tout à l’heure les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat afin que ces textes soient votés le plus rapidement possible, afin aussi que la vie démocratique et le contrôle du Parlement continue dans cette période. Je les en remercie et je remercie tous nos parlementaires en cet instant.

Nous sommes en guerre . J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale qui a permis à notre pays de surmonter tant de crises par le passé.

Nous sommes en guerre . La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là. Nous leur devons des masques, du gel, tout le matériel nécessaire et nous y veillons et veillerons. Nous avons décidé avec les scientifiques de réserver les masques en priorité pour l’hôpital et pour la médecine de ville et de campagne, en particulier les généralistes, les infirmières désormais en première ligne aussi dans la gestion de la crise. Des masques seront livrés dans les pharmacies dès demain soir dans les 25 départements les plus touchés. Mercredi pour le reste du territoire national. J'ai aussi entendu le message des spécialistes, en particulier des chirurgiens-dentistes et beaucoup d'autres. Des solutions seront trouvées avec le Ministre de la Santé dans les prochaines heures.

Nous devons aussi aux soignants la garde de leurs enfants : un service minimum de garde est en place depuis ce jour dans les crèches et dans les écoles. Nous leur devons aussi sérénité dans leurs déplacements et repos. C'est pourquoi j'ai décidé que, dès demain, les taxis et les hôtels pourront être mobilisés à leur profit. L'Etat paiera.

Nous sommes en guerre , oui. Le pays accompagnera dans cette période les régions les plus touchées aujourd'hui comme celles qui le seront demain. A ce titre, je veux assurer les habitants et les personnels soignants du Grand Est que nous serons au rendez-vous pour les appuyer face à l'afflux de patients et à la saturation des hôpitaux. Je sais ce qu'ils vivent depuis des jours et des jours, nous sommes avec eux. J'ai décidé pour cela qu'un hôpital de campagne du service de santé des armées serait déployé dans les jours à venir en Alsace. Les armées apporteront aussi leur concours pour déplacer les malades des régions les plus affectées et ainsi réduire la congestion des hôpitaux de certains territoires.

Nous sommes en guerre . Comme je vous l'ai dit jeudi, pour nous protéger et contenir la dissémination du virus mais aussi préserver nos systèmes de soins, nous avons pris ce matin entre Européens une décision commune. Dès demain midi, les frontières à l'entrée de l'Union européenne et de l'espace Schengen seront fermées. Concrètement, tous les voyages entre les pays non-européens et l'Union européenne seront suspendus pendant 30 jours. Les Françaises et les Français qui sont actuellement à l'étranger et souhaitent rentrer pourront bien entendu rejoindre leur pays. Nous devons prendre cette décision parce que je vous demande ce soir d'importants efforts et que nous devons, dans la durée, nous protéger. Je veux dire à tous nos compatriotes qui vivent à l'étranger que là aussi, en bon ordre, ils doivent se rapprocher des ambassades et consulats et que nous organiserons, pour celles et ceux qui le souhaitent et là où c'est nécessaire, leur rapatriement. Vous l'aurez compris, vous le pressentiez, cette crise sanitaire sans précédent aura des conséquences humaines, sociales et économiques majeures. C’est aussi ce défi que nous devons mener.

Je vous demande des sacrifices pour ralentir l’épidémie. Jamais ils ne doivent mettre en cause l’aide aux plus fragiles, la pérennité d’une entreprise, les moyens de subsistance des salariés comme des indépendants. Pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées, nous ferons en sorte, avec les grandes associations, avec aussi les collectivités locales et leurs services, qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés.

Pour la vie économique, pour ce qui concerne la France, aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite. Aucune Française, aucun Français, ne sera laissé sans ressources. sera livrée au risque de faillite. Aucune Française, aucun Français, ne sera laissé sans ressources.

S’agissant des entreprises, nous mettons en place un dispositif exceptionnel de report de charges fiscales et sociales, de soutien au report d’échéances bancaires et de garanties de l’Etat à hauteur de 300 milliards d’euros pour tous les prêts bancaires contractés auprès des banques. Pour les plus petites d’entre elles et tant que la situation durera, celles qui font face à des difficultés n’auront rien à débourser, ni pour les impôts, ni pour les cotisations sociales. Les factures d’eau, de gaz ou d’électricité ainsi que les loyers devront être suspendus.

En outre, afin que personne ne soit laissé sans ressources, pour les salariés, le dispositif de chômage partiel sera massivement élargi, comme je vous l’avais annoncé jeudi dernier et comme le Gouvernement a commencé à le préciser. Pour les entrepreneurs, commerçants, artisans, un fonds de solidarité sera créé, abondé par l'Etat, et auquel le Premier ministre proposera aux régions aussi de contribuer. Le Gouvernement, dès demain, précisera toutes ces mesures. Elles seront en fonction des besoins, des réalités économiques, des nécessités secteur par secteur, évidemment adaptées. Nous serons au rendez-vous pour que notre économie soit préservée dans cette période si dure et pour que l'ensemble des travailleuses et des travailleurs puissent avoir cette sécurité aussi en termes de pouvoir d'achat, de continuité de leur vie.

Mes chers compatriotes, la France vit un moment très difficile. Nul ne peut en prévoir précisément la durée. À mesure que les jours suivront les jours, que les problèmes succéderont aux problèmes, il faudra, en lien avec les éclairages donnés par les scientifiques, des expériences de terrain, il faudra nous adapter. Nous allons continuer aussi, pendant cette période, de travailler et de progresser sur les traitements. Je sais le dévouement de plusieurs équipes partout sur notre territoire avec les premiers espoirs qui naissent, et nous continuerons aussi d'avancer sur le vaccin. Régulièrement, je m'adresserai à vous. Je vous dirai à chaque fois, comme je l'ai fait, comme le Gouvernement le fait, la vérité sur l'évolution de la situation.

J'ai une certitude : plus nous agirons ensemble et vite, plus nous surmonterons cette épreuve. Plus nous agirons en citoyens, plus nous ferons preuve de la même force d'âme, de la même abnégation patriote que démontrent aujourd'hui nos personnels soignants, nos sapeurs-pompiers, l'ensemble des acteurs de la sécurité civile, plus vite nous sortirons de cette vie au ralenti. Nous y arriverons, mes chers compatriotes, en étant unis, solidaires. Je vous demande d'être responsables tous ensemble et de ne céder à aucune panique, d'accepter ces contraintes, de les porter, de les expliquer, de vous les appliquer à vous-mêmes, nous nous les appliquerons tous, il n'y aura pas de passe-droit, mais, là aussi, de ne céder ni à la panique, ni au désordre. Nous gagnerons, mais cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent. Ne nous laissons pas impressionner. Agissons avec force mais retenons cela : le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant. Nous serons plus forts moralement, nous aurons appris et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences.

Hissons-nous individuellement et collectivement à la hauteur du moment.

Je sais mes chers compatriotes pouvoir compter sur vous.

Vive la République, vive la France !

Allocution Emmanuel Macron
le 12 mars 2020

ADRESSE AUX FRANÇAIS - 12 MARS 2020 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

Depuis quelques semaines, notre pays fait face à la propagation d'un virus, le Covid-19, qui a touché plusieurs milliers de nos compatriotes. J'ai, bien entendu, ce soir, avant toute chose, une pensée émue et chaleureuse pour les familles et les proches de nos victimes. Cette épidémie qui affecte tous les continents et frappe tous les pays européens est la plus grave crise sanitaire qu'ait connu la France depuis un siècle. Dans l'immense majorité des cas, le Covid-19 est sans danger, mais le virus peut avoir des conséquences très graves, en particulier pour celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l'obésité ou le cancer.

Durant plusieurs semaines, nous avons préparé, agi. Les personnels des hôpitaux, médecins, infirmiers, ambulanciers, les agents des Samu et de nos hôpitaux, les médecins de ville, l'ensemble des personnels du service public de la santé en France sont engagés avec dévouement et efficacité. Si nous avons pu retarder la propagation du virus et limiter les cas sévères, c'est grâce à eux parce que tous ont répondu présents. Tous ont accepté de prendre du temps sur leur vie personnelle, familiale, pour notre santé. C'est pourquoi, en votre nom, je tiens avant toute chose à exprimer ce soir la reconnaissance de la Nation à ces héros en blouse blanche, ces milliers de femmes et d'hommes admirables qui n'ont d'autre boussole que le soin, d'autre préoccupation que l'humain, notre bien-être, notre vie, tout simplement.

Je veux aussi, ce soir, saluer le sang-froid dont vous avez fait preuve. Face à la propagation du virus, vous avez pu ressentir pour vous-mêmes, pour vos proches, de l'inquiétude voire de l'angoisse, et c'est bien légitime. Tous, vous avez su faire face en ne cédant ni à la colère, ni à la panique. Mieux, en adoptant les bons gestes, vous avez ralenti la diffusion du virus et ainsi permis à nos hôpitaux et nos soignants de mieux se préparer. C'est cela, une grande Nation. Des femmes et des hommes capables de placer l'intérêt collectif au-dessus de tout, une communauté humaine qui tient par des valeurs : la solidarité, la fraternité.

Cependant, mes chers compatriotes, je veux vous le dire ce soir avec beaucoup de gravité, de lucidité mais aussi la volonté collective que nous adoptions la bonne organisation, nous ne sommes qu'au début de cette épidémie. Partout en Europe, elle s'accélère, elle s'intensifie. Face à cela, la priorité absolue pour notre Nation sera notre santé. Je ne transigerai sur rien.

Un principe nous guide pour définir nos actions, il nous guide depuis le début pour anticiper cette crise puis pour la gérer depuis plusieurs semaines et il doit continuer de le faire : c'est la confiance dans la science. C'est d'écouter celles et ceux qui savent. Les plus grands spécialistes européens se sont exprimés ce matin dans une publication importante. J'ai réuni aujourd'hui, avec le Premier ministre et le ministre de la Santé, notre comité scientifique de suivi. Nous avons en France les meilleurs virologues, les meilleurs épidémiologistes, des spécialistes de grand renom, des cliniciens aussi, des gens qui sont sur le terrain et que nous avons écouté, comme nous le faisons depuis le premier jour. Tous nous ont dit que malgré nos efforts pour le freiner, le virus continue de se propager et est en train de s'accélérer. Nous le savions, nous le redoutions.

Ce qui risque de se passer, c'est que la maladie touchera d'abord les personnes les plus vulnérables. Beaucoup d'entre eux auront besoin de soins adaptés à l'hôpital, souvent d'assistance respiratoire. C'est pourquoi, et j'y reviendrai dans un instant, nous prenons des mesures très fortes pour augmenter massivement nos capacités d'accueil à l'hôpital car l'enjeu est de continuer à aussi soigner les autres maladies. C'est aussi de se préparer à une possible deuxième vague qui touchera un peu plus tard, en nombre beaucoup plus réduit, des personnes plus jeunes, a priori moins exposées à la maladie, mais qu'il faudra soigner également.

Dans ce contexte, l'urgence est de protéger nos compatriotes les plus vulnérables. L'urgence est de freiner l'épidémie afin de protéger nos hôpitaux, nos services d'urgence et de réanimation, nos soignants qui vont avoir à traiter, comme je viens de vous l'expliquer, de plus en plus de patients atteints. Ce sont là nos priorités. C'est pour cela qu'il nous faut continuer de gagner du temps et suivre celles et ceux qui sont les plus fragiles. Protéger les plus vulnérables d'abord. C'est la priorité absolue.

C'est pourquoi je demande ce soir à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. Elles pourront, bien sûr, sortir de chez elles pour faire leurs courses, pour s'aérer, mais elles doivent limiter leurs contacts au maximum. Dans ce contexte, j'ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes. J'ai aussi demandé au Premier ministre, il l'a fait encore ce matin, de consulter largement toutes les familles politiques, et elles ont exprimé la même volonté. Mais il conviendra de veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires. Je fais confiance aux maires et au civisme de chacun d'entre vous. Je sais aussi que les mairies et les services de l'Etat ont bien organisé les choses. Des consignes renforcées seront données dès demain afin que nos aînés n'attendent pas longtemps, que des files ne se constituent pas, que les distances soient aussi tenues et que ces fameuses mesures barrières soient bien respectées. Mais il est important, dans ce moment, en suivant l'avis des scientifiques comme nous venons de le faire, d'assurer la continuité de notre vie démocratique et de nos institutions. Voilà, la priorité des priorités aujourd'hui est donc de protéger les plus faibles, celles et ceux que cette épidémie touche d'abord.

La deuxième, c'est de freiner l'épidémie. Pourquoi ? Le ministre de la Santé et le directeur général de la Santé vous l'ont expliqué à plusieurs reprises : pour éviter l'accumulation de patients qui seront en détresse respiratoire dans nos services d'urgence et de réanimation. Il faut continuer de gagner du temps, et pour cela, je vais vous demander de continuer à faire des sacrifices et plutôt d'en faire davantage, mais pour notre intérêt collectif.

Dès lundi et jusqu'à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés pour une raison simple : nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques toujours, sont celles et ceux qui propagent, semble-t-il, le plus rapidement le virus, même si, pour les enfants, ils n'ont parfois pas de symptômes et, heureusement, ne semblent pas aujourd'hui souffrir de formes aiguës de la maladie. C'est à la fois pour les protéger et pour réduire la dissémination du virus à travers notre territoire.

Un service de garde sera mis en place région par région, nous trouverons les bonnes organisations pour qu'en effet, les personnels qui sont indispensables à la gestion de la crise sanitaire puissent faire garder leurs enfants et continuer d'aller au travail pour vous protéger et vous soigner. Cette organisation sera travaillée par le Gouvernement dans les prochains jours avec l'ensemble des élus et tous les responsables sur notre territoire.

Quand cela est possible, je demande aux entreprises de permettre à leurs employés de travailler à distance. Les ministres l'ont déjà annoncé, nous avons beaucoup développé le télétravail. Il faut continuer cela, l'intensifier au maximum. Les transports publics seront maintenus, car les arrêter, ce serait tout bloquer, y compris la possibilité de soigner. Mais là aussi, c'est à votre responsabilité que j'en appelle, et j'invite tous les Français à limiter leurs déplacements au strict nécessaire. Le Gouvernement annoncera par ailleurs des mesures pour limiter au maximum les rassemblements.

Dans le même temps, notre système de santé, notamment dans les services de réanimation, doit se préparer à accueillir de plus en plus de cas graves de Covid-19 et continuer à soigner les autres malades. Des places doivent se libérer dans les hôpitaux. Pour cela, toutes les capacités hospitalières nationales ainsi que le maximum de médecins et de soignants seront mobilisés. Nous allons aussi mobiliser les étudiants, les jeunes retraités. Des mesures exceptionnelles seront prises en ce sens. Beaucoup, d'ailleurs, ont commencé. Je veux les remercier. J'ai vu il y a quelques jours, au Samu de Paris, une mobilisation magnifique, émouvante, exemplaire, où des étudiants, à quelques mois de leur concours, étaient là pour répondre aux appels, aider, et où des médecins à peine retraités étaient revenus pour prêter main forte. C'est cela que nous allons collectivement généraliser en prenant les bonnes mesures. En parallèle, les soins non essentiels à l'hôpital seront reportés, c'est à dire les opérations qui ne sont pas urgentes, tout ce qui peut nous aider à gagner du temps. La santé n'a pas de prix. Le Gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires pour porter assistance, pour prendre en charge les malades, pour sauver des vies quoi qu'il en coûte. Beaucoup des décisions que nous sommes en train de prendre, beaucoup des changements auxquels nous sommes en train de procéder, nous les garderons parce que nous apprenons aussi de cette crise, parce que nos soignants sont formidables d'innovation et de mobilisation, et ce que nous sommes en train de faire, nous en tirerons toutes les leçons et sortirons avec un système de santé encore plus fort.

La mobilisation générale est également celle de nos chercheurs. De nombreux programmes français et européens, essais cliniques, sont en cours pour produire en quantité des diagnostics rapides, performants et efficaces. Nous allons améliorer les choses en la matière, et au niveau français comme européen, les travaux sont lancés. Nos professeurs, avec l'appui des acteurs privés, travaillent d'ores et déjà sur plusieurs pistes de traitement à Paris, Marseille et Lyon, entre autres. Les protocoles ont commencé. J'espère que dans les prochaines semaines et les prochains mois, nous aurons des premiers traitements que nous pourrons généraliser. L'Europe a tous les atouts pour offrir au monde l'antidote au Covid-19. Des équipes sont également à pied d'œuvre pour inventer un vaccin. Il ne pourra pas voir le jour avant plusieurs mois, mais il est porteur de grands espoirs. La mobilisation de notre recherche française, européenne, est aussi au rendez-vous et je continuerai de l'intensifier.

Cette épreuve exige aussi une mobilisation sociale envers les plus démunis, les plus fragiles. La trêve hivernale sera reportée de deux mois, et je demande au Gouvernement des mesures exceptionnelles, dans ce contexte, pour les plus fragiles. Enfin, l'épreuve que nous traversons exige une mobilisation générale sur le plan économique. Déjà, des restaurateurs, des commerçants, des artisans, des hôteliers, des professionnels du tourisme, de la culture, de l'événementiel, du transport souffrent, je le sais. Les entrepreneurs s'inquiètent pour leurs carnets de commandes, et tous, vous vous interrogez pour votre emploi, pour votre pouvoir d'achat. Je le sais, c'est légitime. Avec les décisions que je viens d'annoncer ce soir, cette inquiétude économique va évidemment s'accroître.

Nous n'ajouterons pas aux difficultés sanitaires la peur de la faillite pour les entrepreneurs, l'angoisse du chômage et des fins de mois difficiles pour les salariés. Aussi, tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises quoi qu'il en coûte, là aussi. Dès les jours à venir, un mécanisme exceptionnel et massif de chômage partiel sera mis en œuvre. Des premières annonces ont été faites par les ministres. Nous irons beaucoup plus loin. L'Etat prendra en charge l'indemnisation des salariés contraints à rester chez eux. Je veux, en la matière, que nous nous inspirions de ce que les Allemands ont su par exemple mettre en œuvre avec un système plus généreux, plus simple que le nôtre. Je veux que nous puissions préserver les emplois et les compétences, c'est à dire faire en sorte que les salariés puissent rester dans l'entreprise, même s'ils sont obligés de rester à la maison, et que nous les payions. Je veux que nous puissions protéger aussi nos indépendants. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour donner cette garantie sur le plan économique.

Toutes les entreprises qui le souhaitent pourront reporter sans justification, sans formalité, sans pénalité le paiement des cotisations et impôts dus en mars. Nous travaillerons ensuite sur les mesures nécessaires d'annulation ou de rééchelonnement, mais je nous connais collectivement, on prend toujours trop de temps à faire cela. Je veux, pour nos forces économiques, des mesures simples. Les échéances qui sont dues dans les prochains jours et les prochaines semaines seront suspendues pour toutes celles et ceux qui en ont besoin. Nous défendrons nos entreprises de toutes tailles. Nous défendrons l'ensemble des travailleurs et des travailleuses. En parallèle, j'ai demandé au Gouvernement de préparer d'ores et déjà un plan de relance national et européen cohérent avec nos priorités et nos engagements pour l'avenir.

Nous devons aussi porter une réponse européenne. La Banque centrale a déjà, aujourd'hui, fait part de ses premières décisions. Seront-elles suffisantes ? Je ne le crois pas. Il lui appartiendra d'en prendre de nouvelles. Mais je vais être là aussi très clair avec vous ce soir : nous, Européens, ne laisserons pas une crise financière et économique se propager. Nous réagirons fort et nous réagirons vite. L'ensemble des gouvernements européens doit prendre les décisions de soutien de l'activité puis de relance quoi qu'il en coûte. La France le fera, et c'est cette ligne que je porterai au niveau européen en votre nom. C'est déjà ce que j'ai fait lors du conseil exceptionnel qui s'est tenu hier. Je ne sais ce que les marchés financiers donneront dans les prochains jours, et je serai tout aussi clair. L'Europe réagira de manière organisée, massive pour protéger son économie. Je souhaite aussi que nous puissions nous organiser sur le plan international, et j'en appelle à la responsabilité des puissances du G7 et du G20. Dès demain, j'échangerai avec le président TRUMP pour lui proposer une initiative exceptionnelle entre les membres du G7, puisque c'est lui qui a la présidence. Ce n'est pas la division qui permettra de répondre à ce qui est aujourd'hui une crise mondiale, mais bien notre capacité à voir juste et tôt ensemble et à agir ensemble.

Mes chers compatriotes, toutes ces mesures sont nécessaires pour notre sécurité à tous et je vous demande de faire bloc autour d'elles. On ne vient pas, en effet, à bout d'une crise d'une telle ampleur sans faire bloc. On ne vient pas à bout d'une crise d'une telle ampleur sans une grande discipline individuelle et collective, sans une unité. J'entends aujourd'hui, dans notre pays, des voix qui vont en tous sens. Certains nous disent : "vous n'allez pas assez loin" et voudraient tout fermer et s'inquiètent de tout, de manière parfois disproportionnée, et d'autres considèrent que ce risque n'est pas pour eux. J'ai essayé de vous donner, ce soir, ce qui doit être la ligne de notre Nation tout entière. Nous devons aujourd'hui éviter deux écueils, mes chers compatriotes.

D'une part, le repli nationaliste. Ce virus n'a pas de passeport. Il nous faut unir nos forces, coordonner nos réponses, coopérer. La France est à pied d'œuvre. La coordination européenne est essentielle, et j'y veillerai. Nous aurons sans doute des mesures à prendre, mais il faut les prendre pour réduire les échanges entre les zones qui sont touchées et celles qui ne le sont pas. Ce ne sont pas forcément les frontières nationales. Il ne faut céder là à aucune facilité, aucune panique. Nous aurons sans doute des mesures de contrôle, des fermetures de frontières à prendre, mais il faudra les prendre quand elles seront pertinentes et il faudra les prendre en Européens, à l'échelle européenne, car c'est à cette échelle-là que nous avons construit nos libertés et nos protections.

L'autre écueil, ce serait le repli individualiste. Jamais de telles épreuves ne se surmontent en solitaire. C'est au contraire en solidaires, en disant nous plutôt qu'en pensant je, que nous relèverons cet immense défi. C'est pourquoi je veux vous dire ce soir que je compte sur vous pour les jours, les semaines, les mois à venir. Je compte sur vous parce que le Gouvernement ne peut pas tout seul, et parce que nous sommes une nation. Chacun a son rôle à jouer. Je compte sur vous pour respecter les consignes qui sont et seront données par les autorités, et en particulier ces fameux gestes barrières contre le virus. Elles sont, aujourd'hui encore, trop peu appliquées. Cela veut dire se laver les mains suffisamment longtemps avec du savon ou avec des gels hydroalcooliques. Cela veut dire saluer sans embrasser ou serrer la main pour ne pas se transmettre le virus. Cela veut dire se tenir à distance d'un mètre. Ces gestes peuvent vous paraître anodins. Ils sauvent des vies, des vies. C'est pourquoi, mes chers compatriotes, je vous appelle solennellement à les adopter.

Chacun d'entre nous détient une part de la protection des autres, à commencer par ses proches. Je compte sur vous aussi pour prendre soin des plus vulnérables de nos compatriotes, ne pas rendre visite à nos aînés. C'est, j'en ai bien conscience, un crève-cœur. C'est pourtant nécessaire temporairement. Écrivez, téléphonez, prenez des nouvelles, protégez en limitant les visites. Je compte sur vous, oui, pour aussi aider le voisin qui, lorsqu'il est personnel soignant, a besoin d'une solution de garde pour ses enfants pour aller travailler et s'occuper des autres. Je compte sur les entreprises pour aider tous les salariés qui peuvent travailler chez eux à le faire. Je compte sur nous tous pour inventer dans cette période de nouvelles solidarités. Je demande à ce titre au Gouvernement de travailler avec les partenaires sociaux, avec les associations dans cette direction. Cette crise doit être l'occasion d'une mobilisation nationale de solidarité entre générations. Nous en avons les ressorts. Il y a déjà des actions qui existent sur le terrain. Nous pouvons faire encore plus fort tous ensemble.

Je compte évidemment aussi sur tous nos soignants. Je sais tout ce qu'ils ont déjà fait, je sais ce qu'il leur reste à faire. Le Gouvernement et moi-même serons là, nous prendrons toutes nos responsabilités pour vous. Je pense à tous nos soignants à l'hôpital, qui auront les cas les plus graves à traiter mais aussi beaucoup d'urgences. Je pense aux médecins, aux infirmiers, aux infirmières, à tous les soignants qui sont aussi hors de l'hôpital qui se sont formidablement mobilisés et que nous allons de plus en plus solliciter dans les semaines à venir.

Je sais pouvoir compter sur vous. Le ministre de la Santé aura l'occasion aussi de préciser, dans les prochaines heures, les règles pour que nous vous aidions à bien vous protéger contre le virus. C'est le respect que nous avons envers vous, et c'est évidemment ce que la Nation vous doit. Les règles seront claires pour chacun, elles seront là aussi proportionnées et expliquées.

Je compte sur vous toutes et tous pour faire Nation au fond. Pour réveiller ce qu'il y a de meilleur en nous, pour révéler cette âme généreuse qui, par le passé, a permis à la France d'affronter les plus dures épreuves.

Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d'autres est une folie. Nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine, une France et une Europe qui tiennent fermement leur destin en main. Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture en ce sens. Je les assumerai.

Mais le temps, aujourd'hui, est à la protection de nos concitoyens et à la cohésion de la Nation. Le temps est à cette union sacrée qui consiste à suivre tous ensemble un même chemin, à ne céder à aucune panique, aucune peur, aucune facilité, mais à retrouver cette force d'âme qui est la nôtre et qui a permis à notre peuple de surmonter tant de crises à travers l'histoire.

La France unie, c’est notre meilleur atout dans la période troublée que nous traversons. Nous tiendrons tous ensemble.

Vive la République !

Vive la France !

Allocutions et Textes - Source Elysée

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